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Innovation & Technologie: La poignée de main numérique va-t-elle arriver en agriculture ?

La blockchain fait de plus en plus parler d’elle. Elle interpelle les banques. Et changera la manière de travailler de tous les métiers garants de transactions (notaires, experts-comptables, …). Certains assurent même qu’elle peut « ubériser Uber » ! (1) Mais qu’est-ce vraiment ? Et peut-elle être utile à l’agriculteur ?

SOMMAIRE :
Qu’est-ce que la blockchain ?
• Quelles seraient ses utilisations en agriculture ?

Blockchain en agriculture

Accords avec son fournisseur d’appro ou l’administration, échanges paille-fumier, échanges de parcelles ou de matériel entre agriculteurs, assurances et gestion des risques, vente directe, etc. : les applications de la blockchain auront aussi un intérêt pour l’agriculture. (© Terre-net Média)

Qu’est-ce que la blockchain ?

La conception de la blockchain, « chaîne de blocs » en français, est attribuée à Satoshi Nakamoto. Ce pseudonyme couvre le concepteur de la monnaie cryptographique Bitcoin, inventée en 2008. Techniquement, la blockchain est d’une grande complexité, ce qui la rend assez obscure.

Ce qu’il faut en retenir est toutefois assez simple : il s’agit d’une technologie qui garantit la sincérité et la validité de tout type d’échanges. Elle est basée sur la cryptographie, comme la sécurisation des paiements sur internet, et sur des liens entre les transactions. Celles-ci sont regroupées par blocs et liées de manière à garantir que la chaîne ne puisse pas être brisée. D’où le terme de « chaîne de blocs ».

En plus de cette sécurité, le principal intérêt de la blockchain est qu’elle ne nécessite aucun organisme central de validation. Car chaque participant de la chaîne contribue à la sécurité globale. C’est pourquoi la monnaie Bitcoin peut se passer de banque et d’Etat pour exister.

Pour aller plus loin :
• Qu’est-ce que la blockchain ? (Frenchweb, 11/04/2016)
• Qu’est-ce que la blockchain ? (Blockchain France)
Articles sur la blockchain

En synthèse, nous avons un moyen de stocker des informations et des échanges, de manière totalement indépendante et sécurisée. C’est la version numérique de la poignée de main qui a longtemps scellé les contrats, et qui continue dans de nombreux cas à garantir une parole donnée ! Voilà de quoi intéresser beaucoup de secteurs dans un monde dominé par les échanges. Et de quoi interpeler tous les acteurs dont le métier de base est de garantir la sécurité et/ou la sincérité de transactions : notaires, experts-comptables, banques, avocats…

Agrofournisseurs et administration

Quelles seraient les utilisations de la blockchain en agriculture ?

Comme tous les acteurs économiques, les agriculteurs sont très concernés par les échanges, tant en amont qu’en aval de la production. Alors la blockchain a-t-elle un intérêt dans un domaine agricole qui par ailleurs montre une grande appétence pour la digitalisation ?

L’approvisionnement amont sera concerné à plus ou moins long terme. Car en fournissant un moyen 100 % digital, pérenne et sûr de stocker des accords, la blockchain permet d’automatiser complètement le processus et donc de baisser le coût des échanges. Cela est d’autant plus vrai que les solutions actuelles, qui vont de la signature électronique au coffre numérique, présentent toutes des faiblesses : complexité relative et obsolescence de la signature électronique, questionnement sur la pérennité des fournisseurs de coffres numériques, etc. Les agrofournisseurs et l’administration sont les plus concernés par cette révolution. A quelle vitesse iront-ils ? La question reste posée.

Échanges entre agriculteurs

Si la blockchain peut optimiser l’amont en agriculture, elle révèle un potentiel énorme pour ouvrir de nouvelles perspectives sur l’aval. En particulier pour les agriculteurs qui commercialisent en vente directe et pour les échanges entre agriculteurs. Ainsi, une Amap pourrait faciliter l’adhésion de ses membres et ouvrir la voie à une plus grande souplesse dans le choix des paniers. Par exemple en permettant des engagements en ligne sur chaque produit.

Autre possibilité : comme une blockchain stocke les accords (donc les transactions effectives), elle permettrait de générer automatiquement des contrats équitables régionalisés pour les échanges paille-fumier. Point qui suscite régulièrement des débats dans les forums. De tels smarts contracts (« contrats intelligents »), dont les modalités sont générées automatiquement, sont rendus possibles par la confiance établie dans la blockchain. Le dernier exemple porte sur des initiatives qui se multiplient, comme par exemple le service EchangeParcelle.fr pour faciliter les échanges de parcelles, toutes destinées à simplifier le quotidien des agriculteurs. La partie contractuelle est souvent exclue de ces actions pour cause de complexité pratique et juridique. L’arrivée de la blockchain pousserait la logique jusqu’au bout en allant du premier contact à l’accord finalisé.

La blockchain a un potentiel énorme pour simplifier et générer des économies. Le traditionnel « seing privé » est en voie d’être digitalisé : aucun doute sur le fait qu’il se trouvera des acteurs technologiques pour capter rapidement ce marché, dans l’intérêt des agriculteurs.

(1) Voir Pourquoi la blockchain a le potentiel d’ubériser Uber (L’Usine Digitale, 16/06/2016)

L’auteur : Pascal Cochelin
Pascal Cochelin, consultant 
en environnement numérique des entreprises.

Pascal Cochelin accompagne les dirigeants dans leurs projets numériques, quel que soit le domaine de l’entreprise.

Deux axes :
• le système d’information (opérationnel, organisation, pilotage de projet, audits…),
• la transition numérique de l’entreprise (avec adaptation aux attentes, capacités et besoins de chaque service)… Avec la conviction profonde que la réussite d’un projet numérique dépend autant de la maîtrise technologique que de la volonté des équipes à la mettre en œuvre.

Retrouvez Pascal :

sur LinkedIn Logo LinkedIn ; par mail à p.cochelin@3cm-digital.fr ou sur son site 3cmdigital.fr

 

 

Les réseaux sociaux ? Une formidable opportunité pour l’agriculture !

Après avoir exploré les relations agriculture-médias l’an passé, Agriculteurs de Bretagne a planché sur les réseaux sociaux le 19 janvier dernier, au Relecq-Kerhuon (29). Et les avis sont unanimes : pour mieux se faire connaître auprès des citoyens et des consommateurs, les agriculteurs ont tout intérêt à être présents sur Facebook, Twitter ou Instagram, à poster des vidéos sur YouTube…

C’est une simple remarque qui a tout déclenché ». Agriculteur en périphérie de Lens, dans le Pas-de-Calais, Thierry Bailliet n’a pas supporté que son fils se fasse insulter au collège à cause de sa profession. « Je me suis dit qu’il fallait communiquer sur notre métier ». Avec une caméra « toute simple », il se lance dans la création de vidéos, qu’il poste sur sa chaîne YouTube « Thierry agriculteur d’aujourd’hui ». « Arrachage des pommes de terre, semis des céréales, conditionnement des oignons à la Cuma… : j’explique simplement ce que je fais, comment je le fais et pourquoi je le fais ». Sans rien occulter ! « L’épandage de phytos, c’est plus compliqué… ». Depuis trois ans, les vidéos se succèdent au rythme d’une par semaine. Et, très vite, le succès est au rendez-vous. « J’ai de nombreux retours sur Facebook ou Twitter ».

Une photo, un message

« On peut dire ce qu’on pense, ça m’a plu ». Producteur de céréales et de légumes transformés à Mauron (56), Jean-René Menier s’est lancé sur Twitter il y a quatre à cinq ans. Très actif, « entre 30 et 100 tweets par mois », il apprécie ce nouveau mode de communication, qui lui permet de toucher un large public, « 500 personnes en moyenne par tweet, mais ça peut aller jusqu’à 3 000 ». Il en profite pour faire passer des messages, au détour d’une photo, « sur le bien-être animal aussi bien que sur l’emploi local ». Et le format, 140 caractères, « oblige à être bref, précis, concis et à peser ses mots ». Autre avantage de Twitter, et non des moindres, « son instantanéité ! Pas besoin d’être devant un ordinateur, un téléphone portable suffit pour saisir une photo et l’expédier ».

26 agricultrices blogueuses au Canada

« Les gens sont déconnectés de ce qui se passe sur une ferme ». Productrice de sirop d’érable au Canada, Natacha Lagarde a, elle aussi, ressenti le besoin de communiquer. Mais, plutôt que de le faire seule dans son coin, elle a lancé Agrimom, un blog qui réunit aujourd’hui 26 agricultrices, comme elle passionnées par leur métier et ayant envie de le faire partager au plus grand nombre. « Parce qu’on n’écoute pas ceux qui se plaignent tout le temps », Natacha l’a exigé dès le début, « c’est un blog d’agriculture positive : on parle de ce qui va bien ». Et le groupe a donné aux unes et aux autres le courage de se lancer. « Avant publication, les textes sont relus en interne. Ça  permet de corriger les fautes d’orthographe. Ça permet surtout aux blogueuses d’écrire avec leur cœur, sans se soucier d’autre chose ».

Un agriculteur par semaine aux Pays-Bas

« Je voulais pouvoir répondre à ces ONG qui critiquent l’agriculture ». Aux Pays-Bas, ce souci de communiquer a poussé Caroline Vander Plas à imaginer Boerburgertweet, le tweet citoyen. « Chaque semaine, un agriculteur différent prend la main et explique son quotidien à partir de photos et petits textes ». Cette semaine, c’est un éleveur de chèvres qui est aux manettes. Et lait, porc, céréales, tulipes, légumes… : au fil du temps, toutes les productions ont été balayées. « J’avais un bon carnet d’adresses pour démarrer. Et aujourd’hui, ce sont les agriculteurs qui me contactent ».

Lever les freins

Si toutes ces expériences sont positives, les freins restent nombreux avant que les agriculteurs n’osent se lancer. « Communiquer doit faire partie de notre métier, insiste Jean-René Menier. J’en ai ras-le-bol d’entendre d’autres parler à notre place ». « Il ne faut pas avoir peur, rajoute Thierry Bailliet. Plus de 98 % des messages que je reçois sont positifs. J’essaie de répondre aux attaques. Et si ça dérape, je mets fin à la discussion ».

« Je n’irai jamais partager dans un groupe qui prône le sans sucre, avoue Natacha, dans un éclat de rire, avant de dévoiler sa technique. Quand j’ai des questions épineuses sur mon blog, je vais d’abord marcher dans la campagne… Il ne faut jamais répondre à chaud mais prendre un peu de recul, se laisser le temps de la réflexion ». Et le groupe prend là tout son intérêt. « Nous pouvons nous épauler, profiter de l’expérience des unes et des autres, leur demander comment elles auraient fait dans la même situation ».

Et Sophie Jézéquel, vice-présidente de la chambre d’agriculture du Finistère, de lancer un appel aux agriculteurs. « Nous sommes les mieux placés pour parler de notre métier ! Alors prenons la parole sur ce qui fait notre quotidien mais aussi notre fierté ». Un conseil qu’Agriculteurs de Bretagne met déjà en pratique. « Avec 6 000 abonnés sur Facebook, on assiste à l’émergence d’une vraie communauté », note avec satisfaction Danielle Even, sa présidente. Également présente sur Twitter, l’association va ouvrir d’ici peu un compte Instagram.

Par Chantal Pape

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A quand l’entrée en vigueur de l’APE avec les pays de la Communauté d’Afrique de l’Est?

Le projet APE, Accord de Partenariat Economique entre l‘UE et la Communauté des pays d’Afrique de l’Est, ne fait pas l’unanimité au sein de cette communauté. Certains pays refusent de coopérer.

L’Union européenne négocie actuellement un accord de libre échange avec les six pays de  la CEA, la Communauté d’Afrique de l’Est (Kenya, Burundi, Ouganda, Tanzanie, Rwanda et Soudan du Sud). Un accord censé être signé début février, mais, si le Kenya et le Rwanda ont déjà signé ce traité avec l’Union européenne de manière bilatérale, le Burundi s’y refuse, rappelle la taz, die tageszeitung. La raison  est que l’UE a gelé son aide au développement à cause de la crise politique qui agite le pays depuis les élections de 2015.  Et ce n’est qu’après de longues hésitations que l‘Ouganda a annoncé, en septembre dernier, vouloir signer ce traité appelé APE, Accord de Partenariat Economique.

Ghana Ölindustrie (imago/Xinhua) Raffinerie au Ghana

Quant à la Tanzanie, elle n’entend toujours pas signer dans l’état actuel des choses. Le gouvernement ne voit dans ces APE que des désavantages pour la libéralisation de sa propre industrie et son développement. Mais le risque est que les pays qui refuseraient de signer voient se tarir l’aide européenne au développement.

Plusieurs accords commerciaux entre l’UE et les États de l’Afrique trouvent leur origine dans le sommet de Cotonou au Bénin en l’an 2000. Les pays africains sont censés pouvoir exporter sans taxes vers l’UE leurs produits leurs produits alimentaires comme poissons ou mangues, leurs matières premières tels que pétrole, minerais ou coton. Cela est censé renforcer l’économie et créer des emplois afin de lutter à longue échéance contre les raisons de l‘émigration des Africains vers l’Europe.

Mittelmeer Migranten und Flüchtlinge in Schlauchboot (picture-alliance/AP Photo/S. Diab) Les APE, les Accords de Partenariat Economique entre l’UE et les pays d’Afrique sont censés apporter la prospérité et mettre fin un jour à l’émigration.

Par ailleurs, les pays en développement ont le droit de n’ouvrir que progressivement leurs marchés pour les produits de l’UE, afin de ne pas mettre en danger la production locale.

Mais  certains pays se sentent en position de dépendance vis à vis de l’UE, souligne die tageszeitung.

Afrika Kaffeeanbau Illustration (picture alliance/Tone Koene) Production de café au Kenya

Les tergiversations sur les accords menacent déjà l’intégration régionale: comme la Communauté d’Afrique de l’Est est une union économique et douanière, il faut que les six Etats qui la composent signent tous les accords avec l’UE afin de pouvoir les appliquer. Initialement, le Kenya était opposé aux APE. Jusqu‘à ce qu’en 2014, l’UE introduise des taxes douanières sur plusieurs produits kényans. Le Kenya a alors changé sa position et s’efforce actuellement de faire pression sur ses voisins.

La taz souligne que même les APE que l’UE a négociés ou négocie avec d’autres communautés africaines, avec la CEDEAO ou la SADC, ne font pas l’unanimité au sein même de ces communautés.

Autre thème: Les transferts d’argent des émigrés africains

Dans un article intitulé : « L’Afrique sous perfusion des émigrés « , la FAZ, la Frankfurter Allgemeine Zeitung relève que pour de nombreux pays africains, les virements d’argents de leurs émigrés sont parfois une question de survie, du moins une source financière importante pour les familles de ceux qu’on appelle en Europe des « réfugiés économiques ».

Ces transferts d’argent des émigrés africains en Europe vers leurs  pays d’origine est un aspect qui explique le manque de volonté de certains États africains de coopérer lors du rapatriement de ressortissants dont le statut de résident dans des pays européens est contesté.

Rien qu’en 2015, 35 milliards de dollars ont été transférés vers l’Afrique. Sachant cela, il est clair que l’offre de l’UE en novembre 2015 de verser aux principaux pays africains d’émigration la somme de 1,8 milliard d’euros pour la « réintégration » de demandeurs d’asile africains déboutés, ait provoqué l’hilarité au sud du Sahara, souligne la FAZ .

L’exemple du Nigeria montre à quel point les virements d’argent à partir de l‘étranger sont importants pour l’économie de la patrie d’origine d’un émigré. Rien qu’en 2015, plus de 20 milliards d’euros ont été transférés dans ce pays le plus peuplé d’Afrique avec ses 180 millions d‘habitants. Cette somme équivaut à 4% du PIB ! Selon les estimations de la Banque Mondiale un tiers de tous les produits importés au Nigeria sont financés avec l’argent de la diaspora nigériane.

Mobile Banking Afrika (picture-alliance/Landov) Les migrants internes en Afrique contribuent aussi à nourrir leurs familles restées au pays.

Outre le Nigeria, le Sénégal, le Mali, le Bénin et la Gambie sont parmi les pays dont sont issus une grosse partie de ceux qu’on appelle des « réfugiés économiques » en Europe. Près d’un milliard et demi d’euros sont transférés chaque année vers le Sénégal ce qui correspond à  11,7 % du PIB. Le Mali reçoit près de 850 millions d’euros (soit 6,8% de son PIB) et même le petit Bénin reçoit de l’étranger plus de 300 millions d’euros (soit 3,6% de son PIB). Dans le cas de la Gambie, qui n’a que 2 millions d’habitants mais qui compte un grand nombre d’émigrés, plus de 22 % du PIB proviennent de l’étranger !

Pour de nombreux pays subsahariens les virements de l’étranger sont de loin le plus important instrument du développement, résume le journal de Francfort. Très souvent, cette manne financière ne dépasse pas seulement les montants de l’aide au développement classique, mais aussi ceux des investissements étrangers directs ! -( à l’exception des investissements chinois dans le domaine des matières premières). C’est pourquoi aucun gouvernement africain n’a sérieusement intérêt à freiner l’exode de ses concitoyens », conclut la FAZ.

Auteur Philippe Pognan, Afro-presse (hebdomadaire)

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