Archives pour la catégorie Pêche

La croissance verte met le Maroc en position forte face à l’évolution du climat

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LES POINTS MARQUANTS
  • La vision marocaine d’une croissance verte et solidaire repose sur une meilleure gestion des ressources naturelles pour créer davantage d’emplois, de valeur et de bien-être avec les atouts disponibles.
  • La fin des subventions aux combustibles fossiles a favorisé les investissements dans les énergies renouvelables et relancé les programmes de dépenses sociales du gouvernement.
  • Les stratégies déployées dans l’agriculture et la pêche cherchent à tirer le maximum de ressources aquatiques et halieutiques limitées.

Tout près de Marrakech, dans cet environnement semi-aride typique de cette région du Maroc, les figuiers de barbarie, qui servaient jadis à délimiter les parcelles agricoles et à conjurer la faim, renaissent aujourd’hui et donnent un nouveau sens au vieil adage : « l’économie protège du besoin ».

Les fruits que l’on avait l’habitude de jeter une fois la saison passée sont désormais pressés pour faire de la confiture et les graines récupérées par l’industrie cosmétique, qui apprécie cette huile. Surtout, dans cette région où les précipitations, déjà limitées, se raréfient, cette plante grasse sait exploiter la moindre goutte d’eau disponible. Elle contribue par ailleurs à réduire l’érosion, crée un riche écosystème et, mélangée à la paille sous forme de jus, produit du fourrage qui allège les pressions sur les pâturages.

Le développement de la chaîne de valeur de ce cactus n’est que l’un des nombreux programmes et projets en cours pour identifier les gâchis, les inefficacités et les sources de pollution dans le but d’adapter les processus de production ou d’en inventer d’autres et de créer de la valeur avec des produits jusqu’ici peu ou pas valorisés.

Alors que de nombreux pays sont en train d’épuiser leurs ressources naturelles et sont aux prises avec des problèmes exacerbés par le changement climatique, le Maroc montre l’exemple en concevant et adoptant des stratégies de croissance verte dans différents secteurs.

Cette approche est conforme aux Objectifs de développement durable adoptés par les Nations Unies en septembre 2015. Mais l’engagement du Maroc en faveur de la croissance verte est antérieur à cette date. Depuis 2011 en effet, le droit à un environnement sain et un développement durable est inscrit dans la Constitution du royaume. La Banque mondiale a soutenu cette vision, en accordant au Maroc des prêts à l’appui des politiques de développement, en finançant des projets d’investissement et en lui apportant une assistance technique.

« Le droit au développement durable ne veut pas dire protéger l’environnement au détriment de l’économie », souligne Hakima El-Haite, ministre déléguée chargée de l’environnement. « Mais il veut dire être assez sage pour trouver l’équilibre entre le développement économique, l’ascension sociale et la protection de la ressource –pour avoir suffisamment de ressources pour nos enfants et nos petits-enfants. » Cet engagement s’est traduit par un train de réformes complet — depuis les subventions à l’énergie à la gestion des pêches en passant par les plans de zonage côtier ou la réglementation de la pollution — qui a valu au pays des félicitations à la veille de la prochaine conférence sur le climat, à Paris.

« Il est encourageant de constater que, dans tous ces domaines, ces décisions sont le résultat d’une volonté délibérée et de politiques claires de la part des autorités, qui ont su passer de la parole aux actes en mobilisant les ressources nécessaires et en prenant des mesures concrètes », indique Marie Francoise Marie-Nelly, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte.


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Morocco. Flore de Préneuf / World Bank

« Le droit au développement durable ne veut pas dire protéger l’environnement au détriment de l’économie. Mais il veut dire être assez sage pour trouver l’équilibre entre le développement économique, l’ascension sociale et la protection de la ressource –pour avoir suffisamment de ressources pour nos enfants et nos petits-enfants. »

Dr. Hakima El-Haite

Ministre déléguée chargée de l’environnement


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Morocco. Flore de Préneuf / World Bank

Verdir l’énergie pour économiser davantage

Le changement de politique le plus notoire est sans doute celui qui a conduit à organiser, depuis 2012, le démantèlement progressif des subventions aux combustibles fossiles.

Petites et grandes industries cherchent désormais à produire leur énergie et à faire des économies en récupérant leurs déchets et leurs sous-produits. Selon Said Mouline, à la tête de l’Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, les entreprises privées produisent déjà quelque 500 MW d’énergie éolienne pour leur propre consommation. « Cette activité aurait été impossible sans la disparition des subventions », affirme-t-il. « L’économie verte passe par la réglementation. »

À l’échelon national, le secteur de l’énergie s’est radicalement transformé, avec de lourds investissements dans les énergies renouvelables et l’implication manifeste du secteur privé, à travers les producteurs indépendants. Autant de bonnes nouvelles pour l’atténuation du changement climatique comme pour le développement humain et le bien-être des populations. Les économies engendrées par la suppression des subventions à l’essence, au diesel et au fioul lourd ont permis au gouvernement d’augmenter ses dépenses sociales en faveur des pauvres, notamment dans le secteur de la santé et de l’éducation : la part des allocations du Fonds de cohésion sociale, qui finance des programmes de protection sociale, dans les dépenses de l’État a doublé entre 2012 et 2015.

Une agriculture plus résistante et moins gourmande en eau

L’agriculture représente en moyenne 16 % du PIB et emploie environ 40 % de la main-d’œuvre du pays. Le Plan Maroc Vert cherche à renforcer la valeur ajoutée du secteur et à créer des emplois tout en rendant l’agriculture plus durable, plus inclusive et plus résistante.

Cette stratégie nationale prévoit entre autres une aide aux pratiques climato-intelligentes dans l’agriculture pluviale et irriguée.

Pour les exploitants en agriculture pluviale, la technique du semis direct permet de préserver l’humidité du sol et la terre végétale et, en période de sécheresse, elle contribue à stabiliser les rendements céréaliers.

Les exploitants pratiquant l’irrigation tentent, avec les techniques de goutte-à-goutte, de s’adapter aux pressions grandissantes sur les ressources hydriques. Pour Brahim Berjamy, responsable des systèmes d’information et de la communication pour l’Agence du bassin hydraulique du Tensift, « nous devons nous efforcer de gérer la demande afin de prôner une utilisation [de l’eau] plus rationnelle et plus efficace. »

La pêche et l’emploi des générations futures

En mer, l’impact du changement climatique peut prendre différentes formes, comme les migrations observées et attendues de certaines espèces, qui fuient le réchauffement et l’acidification de l’eau ainsi que l’évolution des modèles de circulation des océans. Mais actuellement, le principal frein à la croissance tient aux pratiques de pêche illicite, non déclarée et non réglementée, qui mettent en péril le renouvellement naturel des espèces et les moyens de subsistance de près de 500 000 Marocains.

Conscientes de ce danger, les autorités ont investi dans un certain nombre de dispositifs, dont un système de suivi des navires par satellite, qui impose aux bateaux à partir d’un certain gabarit de s’équiper de balises afin de pouvoir les suivre en temps réel et d’avoir une vraie traçabilité. Les pêcheurs doivent par ailleurs respecter des zones de reproduction de certaines espèces, interdites à la navigation, et appliquer les règles concernant le matériel acceptable et la taille minimale des prises.

D’autres réformes en lien avec la croissance verte cherchent à améliorer la gestion des zones côtières, développer une aquaculture durable en milieu rural (où vivent 70 % des pauvres) et, en préservant le patrimoine naturel, à engendrer des recettes supplémentaires. Le tourisme centré sur la découverte de la nature  fait partie des filières en plein boum dans l’industrie touristique mondiale et pourrait créer des emplois au Maroc et contribuer ainsi à la croissance du pays.

banquemondiale.org

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Programme Eau, Climat et Développement (WACDEP) : Un document élaboré pour orienter sa mise en œuvre au Mali

Le Partenariat National de l’Eau du Mali (PNE-Mali), en collaboration avec ses partenaires, a organisé, le vendredi 30 décembre 2016, un atelier de validation du rapport provisoire du projet : Appui à l’élaboration et au financement du Programme Eau, Climat et Développement (WACDEP). C’était à l’hôtel Olympe International, sous la présidence de la Direction Nationale de l’Hydraulique (DNH).

Après avoir souhaité la bienvenue aux participants, le Président du PNE-Mali, Mamadou Sylla est revenu sur le programme. Selon lui, le Programme Eau et Climat et Développement en Afrique (WACDEP) vise à intégrer la sécurité en eau et la résilience au changement climatique dans les processus de planification du développement et de prise de décision ; à renforcer la résilience des pays au changement climatique et les appuyer à s’adapter à un nouveau régime climatique travers des investissements accrus dans la sécurité en eau.

Plus loin, il dira que le programme, dans sa phase pilote de 2011 à 2016, est mis en œuvre dans huit pays africains à savoir le Burkina Faso, Burundi, Cameroun, Ghana, Mozambique, Rwanda, Tunisie et le Zimbabwe appartenant à quatre bassins transfrontaliers dont le bassin du Limpopo, le bassin du Kagera, le bassin du Lac Tchad et le bassin de la Volta, à un aquifère partagé (Système Aquifère du Sahara Septentrional) et aux cinq Régions de l’Afrique.

Par ailleurs, le président du PNE-Mali, Mamadou Sylla a déclaré que de 2017 à 2019, le programme sera mis en œuvre dans six des huit pays de la phase pilote 2011-2016 à savoir le Burkina Faso, le Ghana, la Tunisie, le Cameroun, le Mozambique et le Zimbabwe) et dix nouveaux pays dont deux en Afrique de l’Ouest (le Bénin et le Mali). En ce sens, il a souligné que le programme du WACDEP 2017-2019 contribuera à faire avancer les efforts pour l’opérationnalisation des engagements internationaux de l’Accord de Paris ainsi que de l’agenda 2030 pour les Objectifs de Développement Durable (ODDs).

Au dire du président du PNE-Mali, le Mali étant un des nouveaux pays proposés, sur la base des TDR élaborés conjointement par le PNE Mali et le GWP/AO, un consultant a été recruté pour appuyer le GWP à élaborer le Document de Projet, qui orientera la mise en œuvre du WACDEP de 2017 à 2019 au Mali. S’adressant aux participants, il a fait savoir que l’objet de cet atelier est de valider le document de projet pour le Mali issu de la mission du consultant. De même, que ce document de projet qu’ils valideront va servir de levier clé pour orienter la mise en œuvre du WACDEP au même titre que pour la mobilisation des ressources financières dans le pays.

Ousmane Baba Dramé

Source: Lerepublicainmali

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DR PATRICE BREHMER, CHEF DU PROJET AWA SUR LA PECHE SOUS-REGIONALE «LE SENEGAL EST FER DE LANCE»

«Les efforts du Sénégal en matière de gestion de la pêche sont louables dans l’espace sous-régionale». C’est ce qu’a indiqué Patrice Brehmer, chercheur à l’Institut de recherche pour le développement (Ird) au Sénégal et par ailleurs chef du projet AWA. Il s’exprimait, jeudi 15 décembre 2016, en marge de la 3ème Conférence internationale de la Commission sous-régionale des pêches (Csrp) tenue du 13 au 15 décembre, à Dakar.

Interpelé le jeudi 15 décembre, en marge de la 3ème Conférence internationale de la Commission sous régionale des pêches (Csrp), tenue à Dakar du 13 au 15 décembre 2016 sur le thème «Approche éco systémique de la gestion des pêches et de l’environnement marin dans les eaux ouest-africaines», Icawa 2016, Patrice Brehmer, chef du projet Awa, a laissé entendre que «le Sénégal est le fer de lance dans la gestion de la pêche, parce que disposant de moyens logistiques dissuasifs (navires, avion) permettant de dénicher tout contrevenant, mais également un cadre juridique fonctionnel pour arrêter les contrebandiers».

Le projet (Awa) se veut de développer une vision et les bases scientifiques pour une approche éco systémique de la gestion des pêches et de l’environnement marin en Afrique de l’Ouest, en mettant particulièrement l’accent sur les petits pélagiques. Il combine l’étude des processus qui régissent le fonctionnement des écosystèmes, le suivi biologique et les paramètres physico-chimiques à long terme et la modélisation, dont la finalité est de développer des outils d’aide à la décision pour l’Eamme basés sur des indicateurs adaptatifs de gestion dans le contexte du changement global et de la coopération régionale, puisque les mêmes stocks sont partagés par plusieurs Etats membres de la Commission Sous Régionale des Pêches (Csrp).

Par ailleurs, les acteurs ont fait le point sur les résultats importants obtenus depuis 2013, dans le cadre de la lutte contre la pêche illégale, non déclarée et non réglementée (Inn) dans l’espace de la Csrp en mutualisant les ressources du projet GoWamer, de la Csrp et des acteurs clefs du domaine de la région et de ceux du Nord. Les zones de pêche et les aires marines protégées comme l’implantation de récifs artificiels offrent des domaines d’études dont les résultats feront l’objet d’intéressantes discussions. Le développement de l’aquaculture en Afrique de l’Ouest connait un regain d’intérêt prononcé. Le Sénégal et la Cote d’Ivoire présideront un atelier qui visera, entre autres résultats, à identifier des modèles économiques adaptés au contexte Ouest Africain. En outre, il a été également question de l’érosion côtière, avec la participation d’éminents spécialistes qui ont pris part à une mission d’étude de la brèche de Saint Louis utilisant à l’occasion, des outils à la pointe de la technologie.

SUD QUOTIDIEN

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Discours à la FAO pour la Journée mondiale de la pêche

Intervention du Cardinal Parolin

Monsieur le Directeur général,
Monsieur le Cardinal,
Messieurs les Ambassadeurs et Représentants permanents,
Messieurs les Fonctionnaires de la FAO
et Représentants de la société civile
Mesdames et Messieurs les Intervenants,
Mesdames et Messieurs,

  1. Je suis reconnaissant envers le directeur général de la FAO, le Professeur José Graziano da Silva, pour ses aimables paroles de bienvenue. Je voudrais exprimer mon estime pour le travail de la FAO et pour son attention à de nombreuses questions liées au développement humain, que l’Église catholique et le Saint-Siège suivent avec attention. Je salue aussi les intervenants qui, avec leur expérience bien connue, donneront le juste relief à cet événement à l’occasion de la Journée mondiale de la pêche.

Comme nous le savons tous, le secteur de la pêche contribue de manière décisive à la sécurité alimentaire mondiale, au bien-être humain et à la prospérité économique, et il est particulièrement important pour la survie des communautés de pêche à petite échelle dans de nombreux États. Le poisson continue d’être un des produits alimentaires les plus commercialisés dans le monde entier et le travail dans ce secteur a augmenté à des rythmes plus soutenus que ceux de la population mondiale (cf. FAO, Report on The State of World Fisheries and Aquaculture 2014). La pêche emploie des millions de personnes et permet la subsistance de familles, de groupes et de communautés. Cela est particulièrement important pour les pays en voie de développement où les produits du poisson représentent souvent la moitié de la valeur totale des marchandises échangées.

Toutefois, il est nécessaire que la vision économique n’oublie pas la garantie d’un bien-être humain compatible avec la protection de l’environnement, afin de créer de la prospérité à long terme et une perspective durable pour les générations actuelles et futures. Pour ces raisons, la promotion d’une pêche et d’une aquaculture durables et responsables doit être une préoccupation fondamentale pour toutes les actions internes et internationales. Dans l’encyclique Laudato si’, nous rappelant l’importance de protéger notre « maison commune », le pape François souligne que « les océans non seulement constituent la majeure partie de l’eau de la planète, mais aussi la majeure partie de la grande variété des êtres vivants, dont beaucoup nous sont encore inconnus et sont menacés par diverses causes. D’autre part, la vie dans les fleuves, les lacs, les mers et les océans, qui alimente une grande partie de la population mondiale, se voit affectée par l’extraction désordonnée des ressources de pêche, provoquant des diminutions drastiques de certaines espèces. Des formes sélectives de pêche, qui gaspillent une grande partie des espèces capturées, continuent encore de se développer. Les organismes marins que nous ne prenons pas en considération sont spécialement menacés, comme certaines formes de plancton qui constituent une composante très importante dans la chaîne alimentaire marine, et dont dépendent, en définitive, les espèces servant à notre subsistance.» (n.40)

Comme l’indique l’introduction du Code de conduite de la FAO pour la pêche responsable, adopté il y a vingt ans, « la pêche, y compris l’aquaculture, représente une source vitale d’alimentation, de travail de temps libre, de commerce et de bien-être économique pour les personnes dans le monde entier, pour les générations actuelles comme pour les générations futures et doit par conséquent être menée de manière responsable ». Malheureusement, dans de nombreuses régions, un niveau insoutenable d’exploitation a été atteint et les interventions de la Communauté internationale, y compris à travers le Code de conduite mentionné, ont substantiellement empêché que la situation n’empire.

  1. Il y a cependant une autre perception plus directement humaine et, j’oserais dire, humanitaire, en suivant les plus récents critères exprimés par le Sommet d’Istanbul en mai dernier, qui préoccupe le Saint-Siège et, je crois, toutes les personnes qui voient avec sagesse la pêche comme une ressource importante pour l’avenir de la famille humaine.

Deux siècles après l’abolition de la traite transatlantique des esclaves, au moins 20,9 millions de personnes continuent de travailler sous la contrainte, en grande partie dans l’économie informelle et illégale (cf. ILO, Global estimates 2012). Environ 90 pour cent du travail forcé, aujourd’hui, est imposé par le secteur privé, surtout dans les activités à haute intensité de main-d’œuvre, comme la pêche. L’étude et le travail des Organisations internationales compétentes – je me réfère en particulier à la FAO et à l’OIL, mais sans négliger les organisations de la société civile – soulignent que la pêche et l’aquaculture sont devenues des activités mondiales qui emploient un grand nombre de travailleurs, souvent déjà rendus vulnérables parce que migrants, victimes de la traite ou du travail forcé.

Les travailleurs, embauchés à travers des agences de travail, vivent constamment la précarité de l’emploi puisque leurs contrats, en général, vont de cinq à six mois. La même précarité est vécue par les travailleurs embauchés par les coopératives, du moment que l’une des conditions pour rester dans la coopérative est d’y rester employé alors qu’à chaque échéance du contrat il n’y a aucune garantie d’être réembauché.

Les travailleurs embarqués sur des bateaux de pêche sont effectivement isolés pendant de longues périodes, privés non seulement de garanties contractuelles mais aussi des droits les plus fondamentaux. Les bateaux de pêche, en particulier ceux qui sont utilisés dans la pêche en haute mer, ont une capacité de plus en plus grande de rester en mer pendant de longues périodes, même pendant plusieurs années. Plutôt que d’accoster régulièrement, ces embarcations peuvent « transborder » le poisson capturé et se refournir en carburant à travers des embarcations plus petites. Pour les équipages, cela signifie vivre dans des conditions dégradantes, dans des espaces restreints, presque en détention, sans documents, qui ne leur sont restitués que rarement après de longues périodes de travail forcé et sous-payé.

Tout cela peut signifier que l’équipage de ces navire n’a pas accès aux ports et n’est donc pas en mesure de fuir, d’empêcher les abus ou de demander assistance. En outre, à bord des bateaux, les travailleurs ont rarement la possibilité de communiquer avec le monde extérieur. Les téléphones portables sont hors de portée des signaux ou il leur est interdit d’utiliser d’autres moyens de communication de bord tels que la radio ou les téléphones satellitaires. Au fond, nous sommes devant des personnes privées de leur identité, avec un bas salaire et qui, si elles étaient libres, ne sont pas en mesure de reconstruire leur vie parce qu’elles sont victimes d’un véritable système d’esclavage. Cette situation est aggravée dans le cas de la pêche illégale, non déclarée et non règlementée.

Nous ne devons pas oublier que le secteur industriel du travail de la pêche continue de s’intéresser à ce qu’on appelle le travail « informel » plutôt qu’à des formes typiques de contrats avec des embauches régulières, sans échéance déterminées et avec des conditions qui prévoient les garanties sociales minimum. Les travailleurs employés à travers des intermédiaires ou des agents de main-d’œuvre, vivent constamment dans la précarité du travail qui se caractérise par des contrats limités dans le temps et uniquement gérés par les donneurs de travail.

Nous sommes témoins d’une situation face à laquelle la Communauté internationale et ses institutions font tous leurs efforts pour établir et développer des solutions spécifiques afin d’éliminer le travail forcé de la chaîne mondiale de la production. Je pense au nouveau Cadre de politique stratégique, adopté par l’ILO en 2010 ou aux récentes décisions du Comité de la pêche de la FAO sur les activités illicites liées au secteur de la pêche.

Les conventions de l’ILO, en particulier la Convention de travail forcé, 1930 (n° 29) et la Convention sur le travail dans la pêche, 2007 (n° 188), l’Accord de la FAO sur les mesures de l’État du port, adopté en 2009 et aujourd’hui en vigueur, le Code de conduite pour une pêche responsables et les Lignes-guides volontaires pour la protection de la petite pêche durable dans le contexte de la sécurité alimentaire et de l’élimination de la pauvreté de 2014, fournissent d’importantes indications et des moyens réels pour chercher à endiguer ce phénomène. Reste cependant le problème de leur mise en œuvre effective et donc de la bonne volonté des différentes parties impliquées.

  1. Face à ces défis, le Saint-Siège considère comme fondamental de développer, en particulier, les capacités de surveiller, d’identifier et de sauver les pêcheurs victimes de la traite, du trafic et de traitements dégradants. Les normes actuelles du droit international nous imposent d’aller au-delà des raisons pour lesquelles les personnes s’adressent à des contrebandiers et des trafiquants. Non avons non seulement le devoir moral de donner d’autres opportunités aux personnes, mais aussi un devoir contraignant de leur fournir une autre possibilité.

Une première réponse pratique peut être représentée par des mesures légales plus strictes et par des procédures de mise en œuvre dont peuvent bénéficier les migrants qui travaillent dans le secteur de la pêche, afin de fuir le trafic et la traite des êtres humains. Il serait possible de donner l’importance nécessaire aux résultats du Forum de Bali de mars 2016, qui ne peuvent être limités à la seule région du sud-est asiatique, du moment que nous sommes face à un phénomène enraciné dans toutes les zones et les régions. Cela aidera à éliminer les affaires illicites de contrebandiers et de trafiquants.

Au niveau intergouvernemental, ensuite, il faut reconnaître que les Agences spécialisées des Nations Unies, ainsi que les autres Organisations internationales, ont maintenant la capacité de prévoir des alternatives durables ; il suffit de penser à l’hypothèse de visas humanitaires, au visa de brève durée, aux visas pour les travailleurs saisonniers. La législation sur les visas, en général, n’a pas réussi à suivre le rythme des changements de la technologie, avec la révolution numérique et avec le progrès qui change et qui a changé le monde ces dernières années.

Les pays d’origine, ensuite, ont la responsabilité de faciliter la mobilité du travail intra-régional pour ceux qui cherchent de meilleures conditions de vie. Cela peut signifier garantir des politiques en matière d’immigration par rapport aux obligations établies dans l’article 18 du Protocole à la Convention de Palerme sur la criminalité organisée transnationale en matière de prévention, de répression et de persécution de la traite et du trafic des êtres humains. De telles dispositions demandent à l’État de faciliter et d’accepter le retour des victimes de la traite et du trafic, qui sont ses citoyens ou qui avaient un droit de séjour permanent sur son territoire en tant que droit acquis au moment de leur entrée dans cet État dans le respect de sa législation nationale.

En renforçant la gestion humanitaire des frontières, nous serons en mesure de garantir des frontières sûres, libres des abus de la traite et du trafic d’êtres humains, fournissant un accès à la protection pour ceux qui y ont droit, comme dans le cas des pêcheurs soumis au travail forcé. Cette approche aurait aussi l’avantage de distinguer entre criminels et victimes, de manière objective et complète. C’est pourquoi, il faudrait considérer un ensemble d’options en faveur des pêcheurs forcés, identifiés comme des personnes qui ne possèdent aucune protection internationale ou qui n’ont pas de droit de séjour. Ces options devraient comprendre aussi une assistance pour les aider à rentrer volontairement chez eux, avec un soutien financier pendant la phase de réinsertion.

Comme nous le rappelle le pape François, « les migrants sont nos frères et sœurs qui cherchent une vie meilleure loin de la pauvreté, de la faim, de l’exploitation et de l’injuste distribution des ressources de la planète qui devraient être équitablement partagées entre tous. N’est-ce pas le désir de chacun d’améliorer ses conditions de vie et d’obtenir un honnête et légitime bien-être à partager avec ses proches ? » (Message pour la journée des migrants 2016).

  1. En répondant aux exigences d’un monde qui change et qui est constamment à la recherche de justice, de solidarité, de dignité et de respect des droits de chaque personne, en particulier des plus faibles et des plus vulnérables, chacun de nous est appelé à donner sa contribution, proportionnellement à ses capacités, pour libérer les esclaves du commerce humain pratiqué aujourd’hui à une échelle mondiale. Ce n’est qu’en travaillant ensemble, avec nos efforts conjoints, que nous serons en mesure de briser la chaîne de l’exploitation évidente qui influence les activités de pêche dans de nombreux pays et que nous pourrons dénoncer qu’elle contient tous les éléments d’un véritable crime contre l’humanité selon le droit international.

Nous devons le faire en nous concentrant sur trois objectifs fondamentaux : les aides pour les pêcheurs exploités et dégradés, afin de faciliter leur réhabilitation et leur réinsertion ; le respect, de la part des États et des gouvernements, des normes internationales en vigueur en matière de pêche et, en particulier, sur le travail dans le secteur de la pêche ; la lutte contre le trafic et la traite avec des moyens, y compris des mesures coercitives, capables d’imposer l’état de droit et les standards sur les droits humains. L’objectif final est de préserver la légalité aussi sur les mers qui, depuis des siècles, est un signe de liberté et de civilisation.

Le Saint-Siège est très proche des Organisations internationales comme la FAO et l’ILO qui promeuvent ces objectifs et, à travers les institutions de l’Église catholique dans les différents pays, il est prêt à contribuer à cet effort. Un objectif qui, dans la vision chrétienne, signifie œuvrer pour « rendre la liberté aux opprimés » (Lc 4,18-19).

Merci pour votre attention.

© Traduction de Zenit, Constance Roques

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Le cardinal Parolin appelle à « briser la chaîne de l’exploitation » dans le secteur de la pêche

Le cardinal Pietro Parolin a appelé la communauté internationale à « briser la chaîne de l’exploitation qui influence les activités de pêche dans de nombreux pays » : une chaîne qui contient « tous les éléments d’un véritable crime contre l’humanité », a prévenu le secrétaire d’Etat du Saint-Siège lors d’un colloque le 21 novembre 2016 au siège de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) à Rome.

Au cours de cet événement co-organisé par le Conseil pontifical pour les migrants à l’occasion de la Journée mondiale de la pêche, le « numéro 2 » du Vatican a appelé la Communauté internationale à se concentrer sur « trois objectifs fondamentaux » : les aides pour les pêcheurs exploités et dégradés ; le respect, de la part des États et des gouvernements, des normes internationales en vigueur en matière de pêche ; la lutte contre le trafic et la traite avec des moyens, y compris des mesures coercitives, capables d’imposer l’état de droit et les standards sur les droits humains.

Au fil de son intervention, le cardinal Parolin a plaidé la cause des migrants, victimes de la traite ou du travail forcé dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture : « un véritable système d’esclavage », a-t-il dénoncé, avec « des conditions de travail dégradantes », « presque en détention, sans documents ».

L’événement avait pour thème « La violation des droits humains dans le secteur de la pêche et la pêche illégale, non déclarée et non-réglementée » (The violation of human rights within the fishing sector and illegal, unreported and unregulated (IUU) fishing)

AK, ZENIT