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Paris lance un plan « d’alimentation durable et d’agriculture urbaine »

Paris opte pour une alimentation bio et locale
Paris opte pour une alimentation bio et locale

Le 30 janvier 2017, la maire de Paris, Anne Hidalgo a proposé une solution pour manger et produire plus local et plus bio. Le Conseil de Paris a adopté à l’unanimité le projet.

Paris voit vert. Suite à l’adoption d’un projet par le Conseil de Paris, pas moins d’une trentaine de mesures vont entrer en vigueur dans l’objectif d’amener Paris à devenir une ville où l’on produit plus local et plus bio. L’idée est de faire de la capitale un exemple à suivre en ce qui concerne : manger et produire bio et local, aider les producteurs autour de Paris ou encore participer au compost des déchets. Le Conseil de Paris entend par cela « promouvoir une nouvelle agriculture » pour « favoriser la consommation de produits de qualité ».

Au programme pour plus de bio et de local, la création d’ici 2020 de 100 hectares de nouveaux « espaces verts » sur des toits-terrasses voire des façades « dont un tiers sera consacré à la production agricole ». D’autres initiatives visent à promouvoir un « Paris plus vert » avec la volonté d’introduire des endroits végétalisés sur les constructions publiques et privées déjà existantes et à venir.

Vers une capitale green ? 

« Un plan local d’urbanisme en évolution » est en marche pour revoir le paysage de la ville. Plusieurs projets sont prévus, comme avec la mise en place prochaine d’une plateforme collaborative en ligne « Végétalisons Paris » (au printemps 2017) et un « permis de végétaliser », déjà disponible. Ce permis est à destination de tous les Parisiens, habitants et commerçants, qui souhaitent jardiner dans l’espace public en respectant des règles comme s’occuper de ses plantations et ne pas empiéter sur la voie publique. Par ailleurs, l’appel à projets « Parisculteurs » qui invite les Parisiens à découvrir l’agriculture urbaine en proposant de nouveaux concepts sera renouvelé en 2017, suite au succès de la première édition.

Dans cette lignée, de nouvelles fermes urbaines pédagogiques seront créées en 2017 pour proposer plus de formations et d’apprentissages en agriculture urbaine. Tout ceci dans l’intérêt de créer des liens entre la ville et la campagne pour « produire 30 000 tonnes de compost par an avec les déchets alimentaires pour approvisionner les agriculteurs franciliens, créer des partenariats entre agriculteurs urbains et ruraux et créer une logistique durable pour structurer les circuits courts ».

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du Conseil de Paris

Atteinte des ODD : Le Burkina veut valoriser les légumineuses

Après Kongoussi le 10 février 2017, Ouagadougou accueille ce 11 février 2017 la dernière cérémonie de clôture de l’Année internationale des légumineuses 2016. Le ministre de l’agriculture et des aménagements hydrauliques, Jacob Ouédraogo, a saisi l’occasion pour saluer et encourager les délégations, notamment la FAO, les chercheurs, les producteurs et productrices, venues magnifier les légumineuses.

La tenue de la cérémonie de clôture de l’Année internationale des légumineuses au Burkina traduit la volonté des autorités du pays, soutenues par l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), d’encourager la production et la consommation de ces spéculations.

« Je remercie les responsables de la FAO qui ont porté leur choix sur le Burkina pour abriter cet évènement de portée mondiale et crédité notre pays d’une grande confiance pour l’organisation de cette importante cérémonie qu’ils ont en outre largement soutenue », a déclaré le ministre de l’agriculture, Jacob Ouédraogo.

Le but principal de cette cérémonie est de faire face au défi de l’insécurité alimentaire et du changement climatique, d’où le thème « Valorisation des légumineuses dans le cadre des ODD (Objectifs de développement durable) et pour la résilience au changement climatique ».

« Il est avéré que malgré les multiples bienfaits qu’offrent les légumineuses, leur production ne connaît pas le même succès que les céréales telles que le maïs et le riz », a par ailleurs déploré le ministre de l’agriculture.

La Directrice adjointe de la FAO, Maria Helena Semedo (Micro)

Des actions fortes attendues…

Jacob Ouédraogo a reconnu que cela est dû en grande partie aux habitudes alimentaires des populations et de la persistance de certains préjugés défavorables aux légumineuses. L’ultime solution convient donc de chercher à booster la consommation de ces plantes très riches en protéines. Et sans oublier, il faut souligner que la production des légumineuses est généralement réalisée par les couches vulnérables notamment les femmes rurales.

Selon la Directrice adjointe de la FAO, Maria Helena Semedo, il faudrait aussi travailler d’abord à consolider les acquis autour de la filière pour ensuite avancer vers leur amélioration. Ce 11 février, les acteurs se sont accordés à faire l’état des lieux de la filière, identifier ses contraintes et insuffisances et évaluer les besoins en matière de recherche.

Plusieurs activités sont au programme de cette cérémonie de clôture dans la capitale burkinabè : des échanges, la présentation du rapport de l’Année internationale des légumineuses, des projections de vidéos, des exposés, des expositions de mets et produits de légumineuses.

Il est également attendu une déclaration dite « Déclaration de Ouagadougou » et une séance d’entretien entre les responsables de la FAO, le gouvernement burkinabè et des représentants de pays invités.

Noufou KINDO

Burkina 24


Lire aussi ▶ Année Internationale des légumineuses 2016 : Le Burkina Faso à l’honneur

https://burkina24.com/2017/02/10/annee-internationale-des-legumineuses-le-burkina-a-lhonneur/embed/#?secret=1qQ9Fh5Udj

Photos de la cérémonie de clôture de l’Année internationale des légumineuses à Ouaga :

La croissance verte met le Maroc en position forte face à l’évolution du climat

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LES POINTS MARQUANTS
  • La vision marocaine d’une croissance verte et solidaire repose sur une meilleure gestion des ressources naturelles pour créer davantage d’emplois, de valeur et de bien-être avec les atouts disponibles.
  • La fin des subventions aux combustibles fossiles a favorisé les investissements dans les énergies renouvelables et relancé les programmes de dépenses sociales du gouvernement.
  • Les stratégies déployées dans l’agriculture et la pêche cherchent à tirer le maximum de ressources aquatiques et halieutiques limitées.

Tout près de Marrakech, dans cet environnement semi-aride typique de cette région du Maroc, les figuiers de barbarie, qui servaient jadis à délimiter les parcelles agricoles et à conjurer la faim, renaissent aujourd’hui et donnent un nouveau sens au vieil adage : « l’économie protège du besoin ».

Les fruits que l’on avait l’habitude de jeter une fois la saison passée sont désormais pressés pour faire de la confiture et les graines récupérées par l’industrie cosmétique, qui apprécie cette huile. Surtout, dans cette région où les précipitations, déjà limitées, se raréfient, cette plante grasse sait exploiter la moindre goutte d’eau disponible. Elle contribue par ailleurs à réduire l’érosion, crée un riche écosystème et, mélangée à la paille sous forme de jus, produit du fourrage qui allège les pressions sur les pâturages.

Le développement de la chaîne de valeur de ce cactus n’est que l’un des nombreux programmes et projets en cours pour identifier les gâchis, les inefficacités et les sources de pollution dans le but d’adapter les processus de production ou d’en inventer d’autres et de créer de la valeur avec des produits jusqu’ici peu ou pas valorisés.

Alors que de nombreux pays sont en train d’épuiser leurs ressources naturelles et sont aux prises avec des problèmes exacerbés par le changement climatique, le Maroc montre l’exemple en concevant et adoptant des stratégies de croissance verte dans différents secteurs.

Cette approche est conforme aux Objectifs de développement durable adoptés par les Nations Unies en septembre 2015. Mais l’engagement du Maroc en faveur de la croissance verte est antérieur à cette date. Depuis 2011 en effet, le droit à un environnement sain et un développement durable est inscrit dans la Constitution du royaume. La Banque mondiale a soutenu cette vision, en accordant au Maroc des prêts à l’appui des politiques de développement, en finançant des projets d’investissement et en lui apportant une assistance technique.

« Le droit au développement durable ne veut pas dire protéger l’environnement au détriment de l’économie », souligne Hakima El-Haite, ministre déléguée chargée de l’environnement. « Mais il veut dire être assez sage pour trouver l’équilibre entre le développement économique, l’ascension sociale et la protection de la ressource –pour avoir suffisamment de ressources pour nos enfants et nos petits-enfants. » Cet engagement s’est traduit par un train de réformes complet — depuis les subventions à l’énergie à la gestion des pêches en passant par les plans de zonage côtier ou la réglementation de la pollution — qui a valu au pays des félicitations à la veille de la prochaine conférence sur le climat, à Paris.

« Il est encourageant de constater que, dans tous ces domaines, ces décisions sont le résultat d’une volonté délibérée et de politiques claires de la part des autorités, qui ont su passer de la parole aux actes en mobilisant les ressources nécessaires et en prenant des mesures concrètes », indique Marie Francoise Marie-Nelly, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte.


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Morocco. Flore de Préneuf / World Bank

« Le droit au développement durable ne veut pas dire protéger l’environnement au détriment de l’économie. Mais il veut dire être assez sage pour trouver l’équilibre entre le développement économique, l’ascension sociale et la protection de la ressource –pour avoir suffisamment de ressources pour nos enfants et nos petits-enfants. »

Dr. Hakima El-Haite

Ministre déléguée chargée de l’environnement


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Morocco. Flore de Préneuf / World Bank

Verdir l’énergie pour économiser davantage

Le changement de politique le plus notoire est sans doute celui qui a conduit à organiser, depuis 2012, le démantèlement progressif des subventions aux combustibles fossiles.

Petites et grandes industries cherchent désormais à produire leur énergie et à faire des économies en récupérant leurs déchets et leurs sous-produits. Selon Said Mouline, à la tête de l’Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, les entreprises privées produisent déjà quelque 500 MW d’énergie éolienne pour leur propre consommation. « Cette activité aurait été impossible sans la disparition des subventions », affirme-t-il. « L’économie verte passe par la réglementation. »

À l’échelon national, le secteur de l’énergie s’est radicalement transformé, avec de lourds investissements dans les énergies renouvelables et l’implication manifeste du secteur privé, à travers les producteurs indépendants. Autant de bonnes nouvelles pour l’atténuation du changement climatique comme pour le développement humain et le bien-être des populations. Les économies engendrées par la suppression des subventions à l’essence, au diesel et au fioul lourd ont permis au gouvernement d’augmenter ses dépenses sociales en faveur des pauvres, notamment dans le secteur de la santé et de l’éducation : la part des allocations du Fonds de cohésion sociale, qui finance des programmes de protection sociale, dans les dépenses de l’État a doublé entre 2012 et 2015.

Une agriculture plus résistante et moins gourmande en eau

L’agriculture représente en moyenne 16 % du PIB et emploie environ 40 % de la main-d’œuvre du pays. Le Plan Maroc Vert cherche à renforcer la valeur ajoutée du secteur et à créer des emplois tout en rendant l’agriculture plus durable, plus inclusive et plus résistante.

Cette stratégie nationale prévoit entre autres une aide aux pratiques climato-intelligentes dans l’agriculture pluviale et irriguée.

Pour les exploitants en agriculture pluviale, la technique du semis direct permet de préserver l’humidité du sol et la terre végétale et, en période de sécheresse, elle contribue à stabiliser les rendements céréaliers.

Les exploitants pratiquant l’irrigation tentent, avec les techniques de goutte-à-goutte, de s’adapter aux pressions grandissantes sur les ressources hydriques. Pour Brahim Berjamy, responsable des systèmes d’information et de la communication pour l’Agence du bassin hydraulique du Tensift, « nous devons nous efforcer de gérer la demande afin de prôner une utilisation [de l’eau] plus rationnelle et plus efficace. »

La pêche et l’emploi des générations futures

En mer, l’impact du changement climatique peut prendre différentes formes, comme les migrations observées et attendues de certaines espèces, qui fuient le réchauffement et l’acidification de l’eau ainsi que l’évolution des modèles de circulation des océans. Mais actuellement, le principal frein à la croissance tient aux pratiques de pêche illicite, non déclarée et non réglementée, qui mettent en péril le renouvellement naturel des espèces et les moyens de subsistance de près de 500 000 Marocains.

Conscientes de ce danger, les autorités ont investi dans un certain nombre de dispositifs, dont un système de suivi des navires par satellite, qui impose aux bateaux à partir d’un certain gabarit de s’équiper de balises afin de pouvoir les suivre en temps réel et d’avoir une vraie traçabilité. Les pêcheurs doivent par ailleurs respecter des zones de reproduction de certaines espèces, interdites à la navigation, et appliquer les règles concernant le matériel acceptable et la taille minimale des prises.

D’autres réformes en lien avec la croissance verte cherchent à améliorer la gestion des zones côtières, développer une aquaculture durable en milieu rural (où vivent 70 % des pauvres) et, en préservant le patrimoine naturel, à engendrer des recettes supplémentaires. Le tourisme centré sur la découverte de la nature  fait partie des filières en plein boum dans l’industrie touristique mondiale et pourrait créer des emplois au Maroc et contribuer ainsi à la croissance du pays.

banquemondiale.org

Le Rwanda, destination africaine incontournable

Longtemps marginal, le tourisme au Rwanda est aujourd’hui en pleine expansion. Entre défis à relever et opportunités à saisir, le cap est clairement fixé : devenir une destination africaine incontournable.

A la fin des années 1990, évoquer le pays des Mille Collines comme une destination touristique prisée aurait certainement paru incongru. Le mémoire du Génocide contre les Tutsis, si proche, était encore vivace, et les rares étrangers présents sur place étaient surtout des fonctionnaires internationaux et du personnel des ONG humanitaires.
Première source de devises
Les choses ont depuis bien changé. A la réouverture du Parc national des volcans en 1999, qui abrite une des dernières populations de gorilles de montagne de la planète, seuls 417 …visiteurs furent comptabilisés sur l’ensemble de l’année. Ils sont désormais près de 30ˆ 000 annuellement à se laisser tenter par l’expérience. Idem pour les parcs nationaux de l’Akagera (savane dans l’Est) et de la forêt de Nyungwe (dans le sud du pays). Leur fréquentation a décollé depuis le début des années 2000.
Quant à la progression du nombre total des arrivées dans le pays, elle est à l’image de l’ascension économique rwandaise des dernières années …: impressionnante. De 104 ˆ000 en 2000, les visiteurs sont aujourd’hui plus d’un million à fouler annuellement le sol du pays des Mille Collines (1,2…million en 2015).
Des touristes étrangers bien entendu, mais aussi –…de plus en plus nombreux…– des Rwandais de la diaspora et des hommes d’a›ffaires du monde entier, venus toucher du doigt le miracle économique et investir leurs capitaux dans ce petit pays qui ambitionne de devenir le Singapour d’Afrique. Lionel Mudandi Simbizi, le directeur de Konectors Limited, une entreprise de services de conciergerie, constate ainsi qu’il compte dans sa clientèle «ˆ[…] de plus en plus d’entrepreneurs étrangers et de repats (ceux qui retournent au pays, opposés à expats), […] autant attirés par les perspectives économiques qu’o›ffre le pays que par le haut niveau de sécurité perçuˆ».

« En Afrique, il faut briser le triangle du désastre pour en finir avec le terrorisme »

Pour le président de la Banque africaine de développement (BAD), la lutte contre le chômage des jeunes et pour l’agriculture et l’accès à l’énergie sont indispensables.

Akinwumi Adesina à Abidjan, le 21 mars 2016.

Présent au 28e sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, défend une réponse africaine à la menace terroriste qui associe sécurité et développement. L’ancien ministre nigérian de l’agriculture, devenu président de la BAD en mai 2015, plaide particulièrement pour l’accès des Africains à l’énergie et la création massive d’emplois pour les jeunes. Il estime également que seuls des investissements conséquents dans le secteur agricole peuvent sortir de la pauvreté les 65 % d’Africains vivant en milieu rural.

La menace terroriste n’a jamais été aussi pressante sur le continent avec les chabab, Boko Haram, Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, l’organisation Etat islamique… Comment construire une réponse africaine efficace et durable ?

A regarder attentivement la cartographie de la menace terroriste en Afrique, on s’aperçoit qu’elle correspond à ce que j’appelle le triangle du désastre. Le premier indicateur, c’est le niveau de pauvreté très élevé dans le monde rural. Le second élément, c’est le très fort taux de chômage chez les jeunes. Il y a enfin la dégradation de l’environnement du fait du changement climatique. Partout en Afrique où vous trouvez ce triangle du désastre, vous trouvez la menace terroriste : au nord-Mali avec Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ; au nord du Kenya avec les chabab ; au sud-est du Niger et au nord-est du Nigeria avec Boko Haram.

Si nous voulons en finir avec ces menaces et actions terroristes, nous devons, outre sur la sécurité, agir sur un certain nombre de leviers. Premièrement, il nous faut transformer les zones de misère en zones de prospérité. Il nous faut également offrir à la jeunesse africaine des perspectives d’emplois. L’Afrique compte aujourd’hui près de 480 millions de jeunes. Chaque année près de 13 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché de l’emploi alors qu’il n’existe que 3 millions de postes. Que faire des 10 autres millions ?

Certains se désespèrent et s’engagent dans des aventures périlleuses comme on a pu le voir avec ces bateaux de fortune de migrants lancés à l’assaut de la Méditerranée. D’autres deviennent des proies faciles pour les groupes terroristes. A cet enjeu majeur, il faut une solution globale et inclusive. C’est pourquoi la Banque africaine de développement (BAD) ambitionne d’aider les Etats africains à créer 25 millions d’emplois pour les jeunes Africains sur les dix prochaines années.

Lire l’entretien :   « Le Sahel est une bombe démographique »

« L’accès à l’énergie est autant une question de développement qu’un enjeu de sécurité »

Certains Etats en situation d’extrême fragilité comme la Somalie peinent à convaincre les bailleurs de financer la reconstruction et le développement. Comment éviter de leur imposer une double peine, en leur refusant l’accès aux guichets alors qu’ils paient déjà un lourd tribut au terrorisme ?

Il est important de continuer à accompagner et soutenir les Etats en situation de fragilité. Dans le cas particulier de la Somalie, nous travaillons avec le Royaume-Uni pour doter le pays d’infrastructures de qualité. La BAD dispose d’un instrument spécifique pour accompagner les Etats en transition : le Fonds africain du développement, qui a fait l’objet d’une reconstruction de près de 7,2 milliards de dollars (6,7 milliards d’euros) en novembre 2016 à Luxembourg.

Cet instrument nous a permis de soutenir les efforts de la Côte d’Ivoire pour sortir de la fragilité et devenir une des économies les plus dynamiques du continent avec près de 10 % de croissance. Partout où il y a fragilité de l’Etat, il y a faiblesse des institutions, déficit d’énergie, faible niveau de formation. Nous devons être aux côtés des Etats concernés pour les aider à renforcer leur résilience. L’exemple de la Côte d’Ivoire conforte mon optimisme et m’amène à penser que même les pays du continent actuellement en difficulté extrême ne sont pas définitivement condamnés.

Aux côtés des Etats et des bailleurs de fonds traditionnels, le secteur privé peut-il jouer un rôle dans les efforts pour sortir de la fragilité des pays comme le Burundi, le Soudan du Sud, la Centrafrique, la République démocratique du Congo ?

Le piège serait justement ne pas investir dans ces pays sous prétexte qu’ils sont en situation de fragilité. Nous comprenons les réticences du secteur privé qui peut considérer l’absence d’institutions fortes et d’infrastructures comme des freins. Il faut donc en même temps éviter que ces pays-là soient abandonnés à leur sort. C’est pour cette raison que nous, à la BAD, avons créé un instrument doté de 250 millions de dollars (233 millions d’euros) pour encourager le secteur privé à investir dans les Etats en transition comme la Centrafrique, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud. Il s’agit pour la BAD de se tenir aux côtés des hommes d’affaires pour partager les risques liés à leurs investissements dans ces pays.

Lire aussi :   La Bourse de Nairobi est-elle la pire au monde ?

A en croire une étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), seuls deux pays d’Afrique subsaharienne, Maurice et les Seychelles, assurent l’électricité à tous leurs habitants. Dans d’autres pays, le taux d’accès tourne autour de 10 %. Comment l’Afrique peut-elle relever cet immense défi ?

J’ai honte de la situation de l’accès à l’énergie en Afrique. Sans énergie, on ne peut même pas assurer une éducation de qualité aux enfants. Les terroristes profitent de l’obscurité entraînée par l’absence d’électricité pour commettre leurs forfaits – c’est autant un problème de développement qu’une question de sécurité. J’ai donc décidé dès mon entrée en fonction en 2015 de faire de l’accès à l’énergie un chantier majeur de mon mandat. Nous avons lancé le « Nouveau pacte pour l’énergie pour l’Afrique » qui vise à résoudre durablement le problème. Il ne s’agit pas seulement d’éclairer mais aussi de faire en sorte que l’Afrique nourrisse l’Afrique à travers le développement de l’agro-industrie, l’industrialisation, l’intégration régionale.

« Nous voulons arriver à un premier niveau de transformation des matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée »

 

L’énergie est un préalable et la BAD l’a compris. C’est pour cette raison qu’elle va mettre sur la table 12 milliards de dollars (11,2 milliards d’euros) pour les dix prochaines années. Nous escomptons, à partir de notre mise, un effet de levier de 50 milliards de dollars en faveur de l’accès à l’énergie en Afrique. Rien que pour 2016, nous avons investi près de 1,7 milliard de dollars sur ce point, ce qui a entraîné 2,8 milliards apportés par le secteur privé. Signe de la priorité que nous accordons à l’urgence énergétique, une vice-présidence de la Banque chapeaute un complexe spécifiquement créé pour l’énergie : c’est un cas unique dans les organisations multilatérales. Il colle à l’immensité du défi.

Nous n’aurons d’autre choix que d’exploiter au maximum les opportunités offertes par les énergies renouvelables : le solaire, l’hydroélectrique, le géothermique et même le charbon puisqu’il existe des techniques pour le rendre moins polluant. Avec l’Union africaine, nous avons mis en place l’« Initiative énergie renouvelable pour l’Afrique ». La cellule technique d’implantation de cette initiative est déjà en place à la BAD. Nous sommes fermement convaincus que résoudre le problème d’accès à l’énergie en Afrique, c’est aussi résoudre les problèmes de stabilité et de développement.

Lire la série de reportages :   Traversée d’une Afrique bientôt électrique

Vous qui prônez un « retour du continent à la terre » – l’agriculture –, quelle est votre position sur l’achat des terres agricoles africaines par des investisseurs étrangers, notamment de la Chine et du Golfe ?

Si les terres africaines suscitent tant de convoitises, c’est parce qu’elles présentent un potentiel immense. L’Afrique concentre près de 65 % des terres arables dans le monde. Paradoxalement, elle importe chaque année pour près de 35 milliards de dollars de produits alimentaires. Il faut sortir de cette situation inacceptable ! En passant d’abord d’une agriculture de subsistance à une agriculture business qui produit de la richesse. Près de 65 % d’Africains, les plus pauvres, vivent dans le milieu rural et dépendent de l’agriculture. Moi qui suis enfant de paysan, j’ai vécu la pauvreté dans ma chair. Et je souhaite aider les agriculteurs africains à en sortir.

Sur les dix prochaines années, la BAD envisage ainsi d’investir 24 milliards de dollars dans l’agriculture, l’enjeu étant de mettre un terme à la situation actuelle qui amène nos Etats à exporter sans transformation nos matières premières agricoles telles que le café, le cacao, le coton. Nous voulons plutôt arriver à un premier niveau de transformation de ces matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée à nos économies et créent des emplois.

Plus stratégiquement, nous avons décidé d’accompagner l’émergence d’une génération de jeunes agro-entrepreneurs africains auxquels nous apporterons le financement et l’accompagnement technique. L’Afrique ne peut plus continuer à pratiquer l’agriculture pour créer des emplois et de la richesse pour les autres. L’avenir de notre continent sera fonction de ce qu’il fera de son agriculture. C’est par elle que passe également la solution durable et efficace à la pauvreté et à la misère qui nourrissent le terrorisme et l’instabilité.

Afrique : quels programmes américains d’aide au développement Donald Trump pourrait-il supprimer ?

Commerce (Agoa), santé (Pepfar), énergie (Power Africa Fund)… Les trois anciens présidents américains Bill Clinton, George W. Bush et Barack Obama ont tous lancé leur programme de développement à destination des pays les moins avancés. Mais le tout nouveau locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, menace, lui, de couper dans les budgets.

Tour d’horizon des trois grands plans dont la remise en question pourrait affecter le continent.

Michael Pauron, Jeune Afrique

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Le président Salva Kiir: « La question du Sahara est différente dans sa genèse et sa nature juridique et politique de celle du Soudan du Sud »

Le président de la République du Soudan du Sud, M. Salva Kiir Mayardit, a déclaré que « la question du Sahara est différente dans sa genèse et sa nature juridique et politique de celle du Soudan du Sud », en saluant « les efforts sérieux et crédibles fournis par le Maroc » en vue de trouver un règlement politique à cette question.

« Tout en considérant que la question du Sahara est différente dans sa genèse et sa nature juridique et politique de celle du Soudan du Sud, Son Excellence le Président Salva Kiir Mayardit reconnait les efforts des Nations Unies en vue d’aboutir à une solution politique au conflit régional sur le Sahara », lit-on dans le communiqué conjoint ayant sanctionné la visite officielle du Roi Mohammed VI au Soudan du Sud.

Le Président du Soudan du Sud a, d’autre part, tenu à féliciter le Roi pour « la réintégration du Maroc au sein de l’Union africaine et s’est félicité, dans ce cadre, du soutien témoigné à l’égard du Maroc par une majorité écrasante de pays africains », en mettant en exergue « le rôle du Maroc et sa contribution effective pour le développement, l’unité et la stabilité du continent ».

Le Président Salva Kiir Mayardit a également salué la vision du Roi Mohammed VI pour le renforcement de la coopération interafricaine et Sud-Sud, ainsi que les efforts du Souverain pour la préservation de la paix, de la stabilité, et pour la promotion de la prospérité du continent, indique le communiqué conjoint.

Les deux Chefs d’Etat ont souligné le rôle important des organisations régionales subsahariennes africaines pertinentes, à savoir l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et la Communauté d’Afrique de l’Est (EAC), notamment dans la mise en œuvre des stratégies du développement durable dans la région de l’Afrique de l’Est, relève le communiqué.

Les deux Chefs d’Etat ont salué le processus d’intégration initié par ces deux groupements subrégionaux, indique la même source soulignant que le Président Salva Kiir Mayardit s’est félicité, à cet égard, du grand potentiel du Maroc à contribuer au développement et à la stabilité de l’Afrique de l’Est dans son ensemble, et a appelé à renforcer les relations entre le Maroc et la région de l’Afrique de l’Est.

La visite du Roi Mohammed VI symbolise l’engagement du Souverain et du Président de la République du Soudan du Sud, aux valeurs du panafricanisme, de la solidarité et de la fraternité, et témoigne de la forte volonté du Maroc de contribuer à la consolidation de la stabilité et au processus de construction de la paix au Soudan du Sud, poursuit le communiqué.

Le Roi s’est félicité, à cette occasion, de l’appel lancé récemment par le Président Salva Kiir Mayardit pour un dialogue national, le qualifiant d’initiative audacieuse pour la réalisation de l’objectif de l’Union africaine de faire taire les armes d’ici 2020 et la création d’un Soudan du Sud stable, développé et prospère, souligne la même source.

Les deux chefs d’État ont identifié un nombre de domaines à même de donner l’élan espéré au développement des relations entre les deux pays, affirme le communiqué conjoint, ajoutant que le Roi et le Président Salva Kiir ont exprimé leur détermination à promouvoir une coopération Sud-Sud mutuellement bénéfique et génératrice de richesses.

Au cours de cette visite, le Roi a co-présidé avec le président Salva Kiir, la cérémonie de signature de conventions et de mémorandums d’entente dans des secteurs clés. Il s’agit de la signature de la Convention relative à la construction de la nouvelle ville à Ramciel. Les autres conventions et mémorandums d’entente couvrent les domaines de l’agriculture, de l’énergie, des mines, des hydrocarbures, de l’industrie, de l’investissement, de la lutte contre l’évasion fiscale, de la formation professionnelle et du partenariat économique entre les milieux d’affaires, précise la même source.

Dans ce contexte, le Roi a assuré le Président Salva Kiir Mayardit de la disposition du Maroc à partager son expérience avec le Soudan du Sud dans les domaines de la sécurité, et du développement économique et social en vue de contribuer à la stabilité et au développement de la nouvelle nation, souligne le communiqué conjoint.

Jeudi 2 Février 2017 – 23:11