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Mali : ONU FEMMES LANCE LE PROGRAMME «AGRICULTURE FEMMES ET DEVELOPPEMENT DURABLE» (AGRIFED) : Pour l’autonomisation économique de 40 000 Femmes des régions de Kayes, Koulikoro, Ségou, Sikasso, Mopti et Gao d’ici à 2020

Visite de la directrice d’ONU-FEMMES au Mali : ne mettez pas tout sur le dos des hommes
Photo d’illustration

C’est sous le haut parrainage de la ministre de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille, Madame Sangaré Oumou Bah, qu’ONU FEMMES-Mali a procédé le mardi 7 février 2017 au lancement de son programme intitulé «Agriculture Femmes et Développement durable», AgriFeD. 

C’était à l’hôtel El Farouk en présence du Dr. Maxime Houinato,  Représentant résident du Bureau d’ONU Femmes-Mali, assisté par la conseillère régionale en autonomisation économique, du Bureau ONU Femmes, Afrique de l’Ouest et du Centre, Mme Oulimata SARR venue de Dakar pour la circonstance. 

On notait aussi la présence du Premier Secrétaire de l’Ambassade du Grand-Duché du Luxembourg, M. Jacques Hoffmann de Mme Fatouma SEID Djama, Représentante Résidente de la FAO, de Mme Silvia Caruso, Représentante du PAM, du Secrétaire général,  représentant le Ministre de l’Agriculture, M. Abdoulaye Hamadoun et de Mme Maïga Souhayata Haïdara, Conseillère technique représentante de la Ministre de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement Durable. Des représentantes des organisations féminines et d’autres  femmes ont pris part à cette cérémonie de lancement du programme AgriFeD.

Pour un coût total de 10 millions de Dollars, AgriFeD, dans sa mise en œuvre, financera 40 000 femmes avec comme bailleurs de fonds le Luxembourg, la Suède, le Danemark et les groupes Kledu et SAER. Les zones d’interventions d’AgriFeD sont les régions de Kayes, Koulikoro, Ségou, Sikasso, Mopti et Gao. Les filières cibles du programme sont le maraîchage, le céréale avec le riz, le maïs, le fonio, le sésame et d’autres filières porteuses. Pour une durée de 5 ans, le programme vise le renforcement des capacités économiques des 40 000 agricultrices qui sont impactées par les effets néfastes du changement climatique dans la production agricole  et dans la pisciculture. AgriFeD envisage particulièrement de faciliter l’accès et la sécurité foncière des agricultrices, le renforcement de la productivité agricole des femmes. Et cela pour un meilleur accès des femmes aux moyens de production modernes et une facilité d’accès aux dispositifs de financement adaptés. Ce nouveau programme renforcera leur accès à l’information et aux marchés porteurs.

Accès et sécurité foncière des agricultrices

Ainsi, selon la présentation faite à l’assistance par la coordinatrice du programme, Madame Diallo Hady Sangaré, AgriFeD mettra donc en œuvre des activités de plaidoyer, le renforcement de capacité des communautés locales et des femmes pour une meilleure connaissance et mise en œuvre de l’arsenal juridique existant pour l’accès des femmes rurales à la terre, comme la Loi d’Orientation Agricole, la Loi et la Politique Foncière Agricoles. Le programme accompagnera le Conseil Supérieur de l’Agriculture qui est l’organe d’exécution de la Loi d’Orientation Agricole pour une meilleure intégration des femmes dans les commissions foncières qui se mettent en place sur l’ensemble des régions du Mali. Il s’agira de développer des partenariats stratégiques avec des ONG et programmes qui appuient le secteur Agricole pour une meilleure prise en compte de la sécurité foncière des femmes. Il s’agit donc de fédérer les synergies pour une meilleure efficacité des actions.

Renforcement de la productivité des femmes agricultrices par un meilleur accès aux innovations technologiques et à l’information

Pour cela, ONU Femmes a développé une plate-forme de gestion d’entreprise mobile appelé «BuyfromWomen» qui permet de lier les agricultrices à l’information, les marchés et de la finance, en leur fournissant une vue à 360° de leur entreprise. Les femmes agricultrices seront en outre renforcées sur les techniques modernes d’une agriculture intelligente prenant en compte les défis liés à la préservation de l’environnement et du changement climatique. Pour cela, des partenariats stratégiques seront établis avec certains structures et programmes comme l’IER, le CNRA, l’ICRISAT et l’AEDD et autres services techniques de l’Etat. Toutes les innovations technologiques développées et expérimentées dans les 13 pays de l’Afrique de l’Ouest bénéficiaires du programme WAPP seront mises à profit.

L’accès aux dispositifs de financement adaptés à leurs besoins

Accès aux dispositifs de financement adaptés à leurs besoins

Pour ce volet, le programme renforcera l’accès au Fonds National d’Appui à l’Agriculture, au moins pour 15% des montants alloués. Pour consolider cet acquis, le programme mettra aussi en place un dispositif d’intermédiation financière pour accroitre l’accès des agricultrices au financement des institutions de micro finance et autres banques soutenant le secteur Agricole. En outre, des séries de formations seront réalisées sur l’élaboration de plan d’affaires et la gestion du crédit. Pour cela des modules de formation adaptés seront conçus et validés tentant compte du niveau et de la réalité des bénéficiaires. Les  bénéficiaires seront également appuyées à travers un dispositif de coaching personnalisé sur la gestion du crédit et le suivi du remboursement des prêts par une équipe professionnelle.

Renforcement de capacité des agricultrices pour leur accès aux marchés porteurs

Un accompagnement sur la certification et une formation sur les bonnes pratiques d’hygiène permettront aux femmes d’améliorer la qualité de leurs produits. Un système de collecte et de diffusion de l’information sur les marchés potentiels, les gros clients, la tendance des prix, sera mis en place par région. En plus de la plateforme, «BuyfromWomen» le programme utilisera l’initiative Sènèkèla. Il facilitera l’établissement des relations partenariales formelles et durables avec les grands commerçants grossistes et entreprises d’exportation de produits agricoles et favorisera la participation aux foires et autres évènements majeurs du secteur. Les partenariats déjà établis entre ONU Femmes et les entreprises privées de packaging seront aussi mis à profit.

 

Au Mali, les femmes représentent plus de 49% de la population agricole et 70,2% des exploitants maraîchers

Le secteur Agricole est le pilier stratégique du développement socio-économique du Mali. Il occupe près de 80% de la population active et contribue en moyenne pour 40% à 45% au PIB. L’agriculture au Mali est essentiellement basée sur les cultures vivrières, les cultures agro-industrielles. Les défis liés à ce secteur sont donc l’augmentation de la production agricole et la valorisation des produits locaux en mettant l’accent sur la transformation agroalimentaire pour assurer la sécurité alimentaire et favoriser l’exportation de l’excédent dans les pays de la sous-région. Il faut rappeler qu’au Mali, les femmes représentent 51% de la population totale, soit plus de 49% de la population agricole et 70,2% des exploitants maraîchers. Pour ONU Femmes, au vu de ce poids démographique, les femmes doivent être accompagnées pour qu’elles puissent mieux se positionner sur ce secteur porteur de l’économie malienne.  C’est pourquoi, en lien avec son mandat, ONU Femmes a retenu comme deuxième axe stratégique de ses interventions «Le renforcement économique des femmes ». Dans le cadre de la mise en œuvre de ce mandat, ONU Femmes veut promouvoir autonomisation économique dans le secteur agricole en permettant aux femmes agricultrices d’améliorer leur condition socioéconomique par des moyens et appuis nécessaires. C’est dans ce contexte que le bureau d’ONU Femmes au Mali a procédé au lancement officiel du Programme « AgriFeD » en vue de donner de la visibilité à ses initiatives.

Alors, vivement une bonne mise en œuvre de ce programme pour contribuer de manière durable à l’amélioration des conditions de vie des 40 000 femmes.

Dieudonné Tembely

tembely@journalifosept.com

Source : inf@sept

Paris lance un plan « d’alimentation durable et d’agriculture urbaine »

Paris opte pour une alimentation bio et locale
Paris opte pour une alimentation bio et locale

Le 30 janvier 2017, la maire de Paris, Anne Hidalgo a proposé une solution pour manger et produire plus local et plus bio. Le Conseil de Paris a adopté à l’unanimité le projet.

Paris voit vert. Suite à l’adoption d’un projet par le Conseil de Paris, pas moins d’une trentaine de mesures vont entrer en vigueur dans l’objectif d’amener Paris à devenir une ville où l’on produit plus local et plus bio. L’idée est de faire de la capitale un exemple à suivre en ce qui concerne : manger et produire bio et local, aider les producteurs autour de Paris ou encore participer au compost des déchets. Le Conseil de Paris entend par cela « promouvoir une nouvelle agriculture » pour « favoriser la consommation de produits de qualité ».

Au programme pour plus de bio et de local, la création d’ici 2020 de 100 hectares de nouveaux « espaces verts » sur des toits-terrasses voire des façades « dont un tiers sera consacré à la production agricole ». D’autres initiatives visent à promouvoir un « Paris plus vert » avec la volonté d’introduire des endroits végétalisés sur les constructions publiques et privées déjà existantes et à venir.

Vers une capitale green ? 

« Un plan local d’urbanisme en évolution » est en marche pour revoir le paysage de la ville. Plusieurs projets sont prévus, comme avec la mise en place prochaine d’une plateforme collaborative en ligne « Végétalisons Paris » (au printemps 2017) et un « permis de végétaliser », déjà disponible. Ce permis est à destination de tous les Parisiens, habitants et commerçants, qui souhaitent jardiner dans l’espace public en respectant des règles comme s’occuper de ses plantations et ne pas empiéter sur la voie publique. Par ailleurs, l’appel à projets « Parisculteurs » qui invite les Parisiens à découvrir l’agriculture urbaine en proposant de nouveaux concepts sera renouvelé en 2017, suite au succès de la première édition.

Dans cette lignée, de nouvelles fermes urbaines pédagogiques seront créées en 2017 pour proposer plus de formations et d’apprentissages en agriculture urbaine. Tout ceci dans l’intérêt de créer des liens entre la ville et la campagne pour « produire 30 000 tonnes de compost par an avec les déchets alimentaires pour approvisionner les agriculteurs franciliens, créer des partenariats entre agriculteurs urbains et ruraux et créer une logistique durable pour structurer les circuits courts ».

Pour plus d’informations, rendez-vous sur le site du Conseil de Paris

Atteinte des ODD : Le Burkina veut valoriser les légumineuses

Après Kongoussi le 10 février 2017, Ouagadougou accueille ce 11 février 2017 la dernière cérémonie de clôture de l’Année internationale des légumineuses 2016. Le ministre de l’agriculture et des aménagements hydrauliques, Jacob Ouédraogo, a saisi l’occasion pour saluer et encourager les délégations, notamment la FAO, les chercheurs, les producteurs et productrices, venues magnifier les légumineuses.

La tenue de la cérémonie de clôture de l’Année internationale des légumineuses au Burkina traduit la volonté des autorités du pays, soutenues par l’Organisation des Nations Unies pour l’agriculture et l’alimentation (FAO), d’encourager la production et la consommation de ces spéculations.

« Je remercie les responsables de la FAO qui ont porté leur choix sur le Burkina pour abriter cet évènement de portée mondiale et crédité notre pays d’une grande confiance pour l’organisation de cette importante cérémonie qu’ils ont en outre largement soutenue », a déclaré le ministre de l’agriculture, Jacob Ouédraogo.

Le but principal de cette cérémonie est de faire face au défi de l’insécurité alimentaire et du changement climatique, d’où le thème « Valorisation des légumineuses dans le cadre des ODD (Objectifs de développement durable) et pour la résilience au changement climatique ».

« Il est avéré que malgré les multiples bienfaits qu’offrent les légumineuses, leur production ne connaît pas le même succès que les céréales telles que le maïs et le riz », a par ailleurs déploré le ministre de l’agriculture.

La Directrice adjointe de la FAO, Maria Helena Semedo (Micro)

Des actions fortes attendues…

Jacob Ouédraogo a reconnu que cela est dû en grande partie aux habitudes alimentaires des populations et de la persistance de certains préjugés défavorables aux légumineuses. L’ultime solution convient donc de chercher à booster la consommation de ces plantes très riches en protéines. Et sans oublier, il faut souligner que la production des légumineuses est généralement réalisée par les couches vulnérables notamment les femmes rurales.

Selon la Directrice adjointe de la FAO, Maria Helena Semedo, il faudrait aussi travailler d’abord à consolider les acquis autour de la filière pour ensuite avancer vers leur amélioration. Ce 11 février, les acteurs se sont accordés à faire l’état des lieux de la filière, identifier ses contraintes et insuffisances et évaluer les besoins en matière de recherche.

Plusieurs activités sont au programme de cette cérémonie de clôture dans la capitale burkinabè : des échanges, la présentation du rapport de l’Année internationale des légumineuses, des projections de vidéos, des exposés, des expositions de mets et produits de légumineuses.

Il est également attendu une déclaration dite « Déclaration de Ouagadougou » et une séance d’entretien entre les responsables de la FAO, le gouvernement burkinabè et des représentants de pays invités.

Noufou KINDO

Burkina 24


Lire aussi ▶ Année Internationale des légumineuses 2016 : Le Burkina Faso à l’honneur

https://burkina24.com/2017/02/10/annee-internationale-des-legumineuses-le-burkina-a-lhonneur/embed/#?secret=1qQ9Fh5Udj

Photos de la cérémonie de clôture de l’Année internationale des légumineuses à Ouaga :

La croissance verte met le Maroc en position forte face à l’évolution du climat

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LES POINTS MARQUANTS
  • La vision marocaine d’une croissance verte et solidaire repose sur une meilleure gestion des ressources naturelles pour créer davantage d’emplois, de valeur et de bien-être avec les atouts disponibles.
  • La fin des subventions aux combustibles fossiles a favorisé les investissements dans les énergies renouvelables et relancé les programmes de dépenses sociales du gouvernement.
  • Les stratégies déployées dans l’agriculture et la pêche cherchent à tirer le maximum de ressources aquatiques et halieutiques limitées.

Tout près de Marrakech, dans cet environnement semi-aride typique de cette région du Maroc, les figuiers de barbarie, qui servaient jadis à délimiter les parcelles agricoles et à conjurer la faim, renaissent aujourd’hui et donnent un nouveau sens au vieil adage : « l’économie protège du besoin ».

Les fruits que l’on avait l’habitude de jeter une fois la saison passée sont désormais pressés pour faire de la confiture et les graines récupérées par l’industrie cosmétique, qui apprécie cette huile. Surtout, dans cette région où les précipitations, déjà limitées, se raréfient, cette plante grasse sait exploiter la moindre goutte d’eau disponible. Elle contribue par ailleurs à réduire l’érosion, crée un riche écosystème et, mélangée à la paille sous forme de jus, produit du fourrage qui allège les pressions sur les pâturages.

Le développement de la chaîne de valeur de ce cactus n’est que l’un des nombreux programmes et projets en cours pour identifier les gâchis, les inefficacités et les sources de pollution dans le but d’adapter les processus de production ou d’en inventer d’autres et de créer de la valeur avec des produits jusqu’ici peu ou pas valorisés.

Alors que de nombreux pays sont en train d’épuiser leurs ressources naturelles et sont aux prises avec des problèmes exacerbés par le changement climatique, le Maroc montre l’exemple en concevant et adoptant des stratégies de croissance verte dans différents secteurs.

Cette approche est conforme aux Objectifs de développement durable adoptés par les Nations Unies en septembre 2015. Mais l’engagement du Maroc en faveur de la croissance verte est antérieur à cette date. Depuis 2011 en effet, le droit à un environnement sain et un développement durable est inscrit dans la Constitution du royaume. La Banque mondiale a soutenu cette vision, en accordant au Maroc des prêts à l’appui des politiques de développement, en finançant des projets d’investissement et en lui apportant une assistance technique.

« Le droit au développement durable ne veut pas dire protéger l’environnement au détriment de l’économie », souligne Hakima El-Haite, ministre déléguée chargée de l’environnement. « Mais il veut dire être assez sage pour trouver l’équilibre entre le développement économique, l’ascension sociale et la protection de la ressource –pour avoir suffisamment de ressources pour nos enfants et nos petits-enfants. » Cet engagement s’est traduit par un train de réformes complet — depuis les subventions à l’énergie à la gestion des pêches en passant par les plans de zonage côtier ou la réglementation de la pollution — qui a valu au pays des félicitations à la veille de la prochaine conférence sur le climat, à Paris.

« Il est encourageant de constater que, dans tous ces domaines, ces décisions sont le résultat d’une volonté délibérée et de politiques claires de la part des autorités, qui ont su passer de la parole aux actes en mobilisant les ressources nécessaires et en prenant des mesures concrètes », indique Marie Francoise Marie-Nelly, directrice des opérations de la Banque mondiale pour le Maghreb et Malte.


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Morocco. Flore de Préneuf / World Bank

« Le droit au développement durable ne veut pas dire protéger l’environnement au détriment de l’économie. Mais il veut dire être assez sage pour trouver l’équilibre entre le développement économique, l’ascension sociale et la protection de la ressource –pour avoir suffisamment de ressources pour nos enfants et nos petits-enfants. »

Dr. Hakima El-Haite

Ministre déléguée chargée de l’environnement


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Morocco. Flore de Préneuf / World Bank

Verdir l’énergie pour économiser davantage

Le changement de politique le plus notoire est sans doute celui qui a conduit à organiser, depuis 2012, le démantèlement progressif des subventions aux combustibles fossiles.

Petites et grandes industries cherchent désormais à produire leur énergie et à faire des économies en récupérant leurs déchets et leurs sous-produits. Selon Said Mouline, à la tête de l’Agence nationale pour le développement des énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, les entreprises privées produisent déjà quelque 500 MW d’énergie éolienne pour leur propre consommation. « Cette activité aurait été impossible sans la disparition des subventions », affirme-t-il. « L’économie verte passe par la réglementation. »

À l’échelon national, le secteur de l’énergie s’est radicalement transformé, avec de lourds investissements dans les énergies renouvelables et l’implication manifeste du secteur privé, à travers les producteurs indépendants. Autant de bonnes nouvelles pour l’atténuation du changement climatique comme pour le développement humain et le bien-être des populations. Les économies engendrées par la suppression des subventions à l’essence, au diesel et au fioul lourd ont permis au gouvernement d’augmenter ses dépenses sociales en faveur des pauvres, notamment dans le secteur de la santé et de l’éducation : la part des allocations du Fonds de cohésion sociale, qui finance des programmes de protection sociale, dans les dépenses de l’État a doublé entre 2012 et 2015.

Une agriculture plus résistante et moins gourmande en eau

L’agriculture représente en moyenne 16 % du PIB et emploie environ 40 % de la main-d’œuvre du pays. Le Plan Maroc Vert cherche à renforcer la valeur ajoutée du secteur et à créer des emplois tout en rendant l’agriculture plus durable, plus inclusive et plus résistante.

Cette stratégie nationale prévoit entre autres une aide aux pratiques climato-intelligentes dans l’agriculture pluviale et irriguée.

Pour les exploitants en agriculture pluviale, la technique du semis direct permet de préserver l’humidité du sol et la terre végétale et, en période de sécheresse, elle contribue à stabiliser les rendements céréaliers.

Les exploitants pratiquant l’irrigation tentent, avec les techniques de goutte-à-goutte, de s’adapter aux pressions grandissantes sur les ressources hydriques. Pour Brahim Berjamy, responsable des systèmes d’information et de la communication pour l’Agence du bassin hydraulique du Tensift, « nous devons nous efforcer de gérer la demande afin de prôner une utilisation [de l’eau] plus rationnelle et plus efficace. »

La pêche et l’emploi des générations futures

En mer, l’impact du changement climatique peut prendre différentes formes, comme les migrations observées et attendues de certaines espèces, qui fuient le réchauffement et l’acidification de l’eau ainsi que l’évolution des modèles de circulation des océans. Mais actuellement, le principal frein à la croissance tient aux pratiques de pêche illicite, non déclarée et non réglementée, qui mettent en péril le renouvellement naturel des espèces et les moyens de subsistance de près de 500 000 Marocains.

Conscientes de ce danger, les autorités ont investi dans un certain nombre de dispositifs, dont un système de suivi des navires par satellite, qui impose aux bateaux à partir d’un certain gabarit de s’équiper de balises afin de pouvoir les suivre en temps réel et d’avoir une vraie traçabilité. Les pêcheurs doivent par ailleurs respecter des zones de reproduction de certaines espèces, interdites à la navigation, et appliquer les règles concernant le matériel acceptable et la taille minimale des prises.

D’autres réformes en lien avec la croissance verte cherchent à améliorer la gestion des zones côtières, développer une aquaculture durable en milieu rural (où vivent 70 % des pauvres) et, en préservant le patrimoine naturel, à engendrer des recettes supplémentaires. Le tourisme centré sur la découverte de la nature  fait partie des filières en plein boum dans l’industrie touristique mondiale et pourrait créer des emplois au Maroc et contribuer ainsi à la croissance du pays.

banquemondiale.org

L’agriculture québécoise pourrait hausser sa production de 30 % d’ici 2025

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Une projection positive, pour le milieu agricole, élément important dans l’économie du Québec.

©Photo TC Media – Réal-Jean Couture

Le secteur agricole du Québec pourrait hausser sa production de 30 % au cours de la prochaine décennie et créer 21 000 nouveaux emplois, selon une nouvelle étude de la firme ÉcoRessources.

Produite pour l’Union des producteurs agricoles (UPA), cette étude évalue le potentiel de croissance en agriculture pour la période 2016-2025, définit les conditions nécessaires pour que cette croissance se matérialise, et estime les retombées économiques qui pourraient en découler.

« La croissance de la demande au Québec, dans les provinces canadiennes, dans le nord-est des États-Unis et ailleurs dans le monde apporte ainsi des opportunités de marchés pour lesquelles les producteurs agricoles sont bien positionnés. La concurrence est forte, et d’autres régions voudront profiter de ces ouvertures. Toutefois, les producteurs québécois peuvent compter sur plusieurs facteurs avantageux, notamment : la qualité de leurs produits, la disponibilité de superficies importantes en terres publiques, la présence de nombreuses ressources d’excellente qualité, l’énergie hydroélectrique et la présence d’autres ressources énergétiques, la présence d’outils structurants de mise en marché collective et l’existence de filières agroalimentaires dynamiques », indiquent les auteurs de l’étude.

Au total, le secteur agricole du Québec pourrait hausser sa production de 30 % d’ici 2025, tirée par les principaux piliers habituels (lait, porcs, grains, etc.) et par des secteurs plus modestes, mais dont le potentiel de développement est très important (sirop d’érable, produits maraîchers et serricoles). Une telle croissance pourrait faire augmenter les retombées économiques générées par le secteur.

Ainsi, l’emploi total généré en agriculture pourrait croître de 21 000 pour atteindre 92 000 ETC en 2025. Le PIB total, quant à lui, pourrait augmenter de 1,8 G$, atteignant 7,6 G$ en 2025. Enfin, les revenus fiscaux totaux pourraient croître de 250 M$, pour atteindre près de 1,1 G$ en 2025.

Selon l’étude, la croissance des différents secteurs de production nécessitera des investissements importants et des efforts concertés, qui généreront à leur tour des retombées économiques pour le Québec et ses régions :

·         le maintien et l’intensification des efforts de développement des marchés;

·         la poursuite des efforts visant à offrir des produits qui répondent aux exigences croissantes des consommateurs;

·         le maintien de l’ouverture des marchés;

·         l’accès à des programmes de sécurité du revenu adaptés;

·         l’accès au financement et à des programmes d’aide à l’investissement;

·         l’accès à une protection adéquate contre les risques climatiques;

·         l’appui à l’établissement de la relève; des investissements en recherche et développement;

·         l’accès à la main-d’œuvre agricole; la mise en place d’un environnement réglementaire favorable ou équitable par rapport à la concurrence.

« L’agriculture constitue un pilier incontournable de l’économie du Québec. Dans un contexte où l’on cherche des solutions pour relancer l’économie de la province, les secteurs agricoles et agroalimentaires sont bien positionnés pour contribuer à cette relance », concluent les auteurs.

L’étude d’ÉcoRessources est disponible à l’adresse : https://www.upa.qc.ca/fr/publications/

lavantage.qc.ca

« En Afrique, il faut briser le triangle du désastre pour en finir avec le terrorisme »

Pour le président de la Banque africaine de développement (BAD), la lutte contre le chômage des jeunes et pour l’agriculture et l’accès à l’énergie sont indispensables.

Akinwumi Adesina à Abidjan, le 21 mars 2016.

Présent au 28e sommet de l’Union africaine (UA) à Addis-Abeba, le président de la Banque africaine de développement (BAD), Akinwumi Adesina, défend une réponse africaine à la menace terroriste qui associe sécurité et développement. L’ancien ministre nigérian de l’agriculture, devenu président de la BAD en mai 2015, plaide particulièrement pour l’accès des Africains à l’énergie et la création massive d’emplois pour les jeunes. Il estime également que seuls des investissements conséquents dans le secteur agricole peuvent sortir de la pauvreté les 65 % d’Africains vivant en milieu rural.

La menace terroriste n’a jamais été aussi pressante sur le continent avec les chabab, Boko Haram, Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, l’organisation Etat islamique… Comment construire une réponse africaine efficace et durable ?

A regarder attentivement la cartographie de la menace terroriste en Afrique, on s’aperçoit qu’elle correspond à ce que j’appelle le triangle du désastre. Le premier indicateur, c’est le niveau de pauvreté très élevé dans le monde rural. Le second élément, c’est le très fort taux de chômage chez les jeunes. Il y a enfin la dégradation de l’environnement du fait du changement climatique. Partout en Afrique où vous trouvez ce triangle du désastre, vous trouvez la menace terroriste : au nord-Mali avec Al-Qaida au Maghreb islamique, Ansare Dine, le Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (MUJAO) ; au nord du Kenya avec les chabab ; au sud-est du Niger et au nord-est du Nigeria avec Boko Haram.

Si nous voulons en finir avec ces menaces et actions terroristes, nous devons, outre sur la sécurité, agir sur un certain nombre de leviers. Premièrement, il nous faut transformer les zones de misère en zones de prospérité. Il nous faut également offrir à la jeunesse africaine des perspectives d’emplois. L’Afrique compte aujourd’hui près de 480 millions de jeunes. Chaque année près de 13 millions de jeunes Africains arrivent sur le marché de l’emploi alors qu’il n’existe que 3 millions de postes. Que faire des 10 autres millions ?

Certains se désespèrent et s’engagent dans des aventures périlleuses comme on a pu le voir avec ces bateaux de fortune de migrants lancés à l’assaut de la Méditerranée. D’autres deviennent des proies faciles pour les groupes terroristes. A cet enjeu majeur, il faut une solution globale et inclusive. C’est pourquoi la Banque africaine de développement (BAD) ambitionne d’aider les Etats africains à créer 25 millions d’emplois pour les jeunes Africains sur les dix prochaines années.

Lire l’entretien :   « Le Sahel est une bombe démographique »

« L’accès à l’énergie est autant une question de développement qu’un enjeu de sécurité »

Certains Etats en situation d’extrême fragilité comme la Somalie peinent à convaincre les bailleurs de financer la reconstruction et le développement. Comment éviter de leur imposer une double peine, en leur refusant l’accès aux guichets alors qu’ils paient déjà un lourd tribut au terrorisme ?

Il est important de continuer à accompagner et soutenir les Etats en situation de fragilité. Dans le cas particulier de la Somalie, nous travaillons avec le Royaume-Uni pour doter le pays d’infrastructures de qualité. La BAD dispose d’un instrument spécifique pour accompagner les Etats en transition : le Fonds africain du développement, qui a fait l’objet d’une reconstruction de près de 7,2 milliards de dollars (6,7 milliards d’euros) en novembre 2016 à Luxembourg.

Cet instrument nous a permis de soutenir les efforts de la Côte d’Ivoire pour sortir de la fragilité et devenir une des économies les plus dynamiques du continent avec près de 10 % de croissance. Partout où il y a fragilité de l’Etat, il y a faiblesse des institutions, déficit d’énergie, faible niveau de formation. Nous devons être aux côtés des Etats concernés pour les aider à renforcer leur résilience. L’exemple de la Côte d’Ivoire conforte mon optimisme et m’amène à penser que même les pays du continent actuellement en difficulté extrême ne sont pas définitivement condamnés.

Aux côtés des Etats et des bailleurs de fonds traditionnels, le secteur privé peut-il jouer un rôle dans les efforts pour sortir de la fragilité des pays comme le Burundi, le Soudan du Sud, la Centrafrique, la République démocratique du Congo ?

Le piège serait justement ne pas investir dans ces pays sous prétexte qu’ils sont en situation de fragilité. Nous comprenons les réticences du secteur privé qui peut considérer l’absence d’institutions fortes et d’infrastructures comme des freins. Il faut donc en même temps éviter que ces pays-là soient abandonnés à leur sort. C’est pour cette raison que nous, à la BAD, avons créé un instrument doté de 250 millions de dollars (233 millions d’euros) pour encourager le secteur privé à investir dans les Etats en transition comme la Centrafrique, la République démocratique du Congo, le Soudan du Sud. Il s’agit pour la BAD de se tenir aux côtés des hommes d’affaires pour partager les risques liés à leurs investissements dans ces pays.

Lire aussi :   La Bourse de Nairobi est-elle la pire au monde ?

A en croire une étude du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), seuls deux pays d’Afrique subsaharienne, Maurice et les Seychelles, assurent l’électricité à tous leurs habitants. Dans d’autres pays, le taux d’accès tourne autour de 10 %. Comment l’Afrique peut-elle relever cet immense défi ?

J’ai honte de la situation de l’accès à l’énergie en Afrique. Sans énergie, on ne peut même pas assurer une éducation de qualité aux enfants. Les terroristes profitent de l’obscurité entraînée par l’absence d’électricité pour commettre leurs forfaits – c’est autant un problème de développement qu’une question de sécurité. J’ai donc décidé dès mon entrée en fonction en 2015 de faire de l’accès à l’énergie un chantier majeur de mon mandat. Nous avons lancé le « Nouveau pacte pour l’énergie pour l’Afrique » qui vise à résoudre durablement le problème. Il ne s’agit pas seulement d’éclairer mais aussi de faire en sorte que l’Afrique nourrisse l’Afrique à travers le développement de l’agro-industrie, l’industrialisation, l’intégration régionale.

« Nous voulons arriver à un premier niveau de transformation des matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée »

 

L’énergie est un préalable et la BAD l’a compris. C’est pour cette raison qu’elle va mettre sur la table 12 milliards de dollars (11,2 milliards d’euros) pour les dix prochaines années. Nous escomptons, à partir de notre mise, un effet de levier de 50 milliards de dollars en faveur de l’accès à l’énergie en Afrique. Rien que pour 2016, nous avons investi près de 1,7 milliard de dollars sur ce point, ce qui a entraîné 2,8 milliards apportés par le secteur privé. Signe de la priorité que nous accordons à l’urgence énergétique, une vice-présidence de la Banque chapeaute un complexe spécifiquement créé pour l’énergie : c’est un cas unique dans les organisations multilatérales. Il colle à l’immensité du défi.

Nous n’aurons d’autre choix que d’exploiter au maximum les opportunités offertes par les énergies renouvelables : le solaire, l’hydroélectrique, le géothermique et même le charbon puisqu’il existe des techniques pour le rendre moins polluant. Avec l’Union africaine, nous avons mis en place l’« Initiative énergie renouvelable pour l’Afrique ». La cellule technique d’implantation de cette initiative est déjà en place à la BAD. Nous sommes fermement convaincus que résoudre le problème d’accès à l’énergie en Afrique, c’est aussi résoudre les problèmes de stabilité et de développement.

Lire la série de reportages :   Traversée d’une Afrique bientôt électrique

Vous qui prônez un « retour du continent à la terre » – l’agriculture –, quelle est votre position sur l’achat des terres agricoles africaines par des investisseurs étrangers, notamment de la Chine et du Golfe ?

Si les terres africaines suscitent tant de convoitises, c’est parce qu’elles présentent un potentiel immense. L’Afrique concentre près de 65 % des terres arables dans le monde. Paradoxalement, elle importe chaque année pour près de 35 milliards de dollars de produits alimentaires. Il faut sortir de cette situation inacceptable ! En passant d’abord d’une agriculture de subsistance à une agriculture business qui produit de la richesse. Près de 65 % d’Africains, les plus pauvres, vivent dans le milieu rural et dépendent de l’agriculture. Moi qui suis enfant de paysan, j’ai vécu la pauvreté dans ma chair. Et je souhaite aider les agriculteurs africains à en sortir.

Sur les dix prochaines années, la BAD envisage ainsi d’investir 24 milliards de dollars dans l’agriculture, l’enjeu étant de mettre un terme à la situation actuelle qui amène nos Etats à exporter sans transformation nos matières premières agricoles telles que le café, le cacao, le coton. Nous voulons plutôt arriver à un premier niveau de transformation de ces matières premières sur place afin qu’elles apportent une valeur ajoutée à nos économies et créent des emplois.

Plus stratégiquement, nous avons décidé d’accompagner l’émergence d’une génération de jeunes agro-entrepreneurs africains auxquels nous apporterons le financement et l’accompagnement technique. L’Afrique ne peut plus continuer à pratiquer l’agriculture pour créer des emplois et de la richesse pour les autres. L’avenir de notre continent sera fonction de ce qu’il fera de son agriculture. C’est par elle que passe également la solution durable et efficace à la pauvreté et à la misère qui nourrissent le terrorisme et l’instabilité.

Le chemin de croix du riz béninois

Délice, principale marque de riz local béninois, dans le magasin de Label Bénin, à Cotonou.
© RFI/Aurore Lartigue

Depuis quelques années, le Bénin s’est engagé dans une politique de soutien de la riziculture afin de sortir de la dépendance alimentaire. En dépit de ces efforts, les obstacles au développement du petit grain blanc restent nombreux et le pays continue d’importer massivement pour satisfaire ses besoins et ceux de ses voisins. Quel avenir pour le riz local ?

De notre envoyée spéciale à Cotonou,

« Tout est foutu ». Sous les pieds, les brindilles craquent. A l’horizon, tout n’est que jaune paille. André Kagpo et ses camarades du groupement de Tohou baissent la tête. Sur cette parcelle de 11 hectares, ils avaient espéré récolter 55 tonnes, à raison de 5 tonnes à l’hectare les bonnes années pour la variété IR841, dominante au Bénin. Pour cette campagne 2016-2017, ce sera zéro.

« Juste au moment de la floraison, il n’y a plus eu d’eau et tout a été grillé », commente Honoré Hossou, président de l’ESOP Lalo (Entreprise de service aux organisations des producteurs) qui arbore pour l’occasion un t-shirt annonçant « Riz du Bénin, riz de demain ». A cette époque de l’année, il aurait déjà dû racheter le riz paddy (brut, non décortiqué) de ces villageois pour le transformer en riz blanchi, prêt à la consommation. Le maïs, qu’ils cultivent aussi, leur permettra de survivre jusqu’à la saison prochaine. Guère plus. La lassitude se fait sentir, d’autant que ce n’est pas la première année que la récolte est perdue. Dans cette zone enclavée du sud-ouest du pays, l’agriculture est encore tributaire des eaux de pluie. Il suffit que la sécheresse sévisse quelques jours au moment où la plante en a le plus besoin, et c’est terminé.

Un panneau témoin de l’aide fournie à la riziculture par le gouvernement et les bailleurs internationaux. © RFI/Aurore Lartigue

Sur des panneaux engloutis par la brousse, sur les façades des bâtiments, les sigles des programmes d’aide s’alignent : le PUASA de la FAO pour Programme d’urgence d’appui à la sécurité alimentaire, PADA pour Programme d’appui à la diversification agricole, mis en place par la Banque mondiale, PAFIRIZ pour Projet d’appui à la filière riz du Bénin, porté par l’Union européenne et la coopération belge.

Mais le problème demeure : maîtriser l’eau. « Ils ont aménagé le site, mais sans donner la priorité à l’eau », insiste Honoré Hossou. Les divers appuis ont par exemple contribué à la création d’un magasin de stockage et à l’aménagement de bas-fonds, mais sommaires, c’est-à-dire non irrigués. « Si on va à l’hôpital avec un mal, qu’on n’arrive pas à bien le diagnostiquer, et que le docteur prescrit quelques traitements légers, il y a toujours rechute de cette maladie-là », se désole André qui garde quelques « rancunes » envers tous ces programmes qui, juge-t-il, n’impliquent pas suffisamment les producteurs, et « passent à côté ». Pour bien faire, il faudrait emménager le bas-fond, faire un forage et une canalisation pour acheminer l’eau.

Des obstacles

Maîtrise de l’eau dans un contexte de réchauffement climatique, accès à la terre, aux intrants, accès aux semences de qualités, faible niveau de mécanisation, manque de professionnalisation dans un pays où l’agriculture est essentiellement familiale… Même si le Bénin dispose d’atouts naturels, les défis sont immenses.

A (RE)ECOUTER → Production record de riz en Afrique de l’Ouest

Depuis la crise alimentaire et la flambée des prix de 2008, le Bénin s’est pourtant engagé dans une politique d’autosuffisance. Pour ne pas se retrouver artificiellement affamé par les spéculateurs de la planète riz, il lui fallait produire de quoi nourrir ses 10 millions d’habitants. « Par le passé, nous nous sommes trop concentrés sur la filière coton, c’était la seule à bénéficier de l’accompagnement des acteurs publics. La crise de 2008 nous a ramenés à la raison et nous a convaincus qu’il fallait davantage se concentrer sur les filières vivrières, dont le riz », rappelle Dossa Aguémon, directeur de la programmation et de la prospective au ministère de l’Agriculture. Car peu à peu, ces dernières décennies, le petit grain blanc dégusté aux repas de fête s’est imposé comme un aliment de base pour les Béninois. A raison de 25 à 30 kilos de riz par an et par personne, le pays évalue ses besoins à près de 300 000 tonnes. Près de dix ans plus tard, certes la surface emblavée a progressé, le rendement aussi, atteignant 3,15 tonnes à l’hectare. Et la production, marginale dans les années 1990, a bien été « boostée », triplant entre 2006 et 2016 jusqu’à atteindre 151 000 tonnes, selon le ministère américain de l’Agriculture (USDA). Mais le compte n’y est toujours pas. Et ces dernières années des épisodes de sécheresse ont mis en lumière la fragilité du secteur.

Dans la vallée de l’Ouémé, la terre semble gorgée d’eau et le vert s’étend à perte de vue. La riziculture se moque bien de la pluie. « S’il y a de l’eau, nous faisons du riz, s’il n’y a pas d’eau nous faisons du riz car dans la vallée il y a de l’eau partout », explique Barthélémy Bognon, riziculteur et

Clément Ahoton, riziculteur à Dangbo, et Barthélémy Bognon, président de l’Union départementale des riziculteurs de l’Ouémé. © RFI/Aurore Lartigue

président de l’Union départementale des riziculteurs de l’Ouémé. Le problème dans la zone, ce sont les tourbes. Les divers programmes ont donc essentiellement consisté à « réaménager » la terre pour la rendre plus cultivable, améliorer le drainage… La récolte est prévue pour fin mars au plus tard. En attendant, « la chasse aviaire commence » pour empêcher les oiseaux de ravagent les champs lors de la floraison.

Le riz paddy sera ensuite vendu à l’ESOP Vallée et en ressortira blanc et emballé sous la marque Délices. Outre les intrants de qualité, les aménagements, ce que Jules Avoce, son directeur, demande, ce sont des équipements. Car ici, comme souvent, la plupart des opérations se font à la main. « Nous avons vraiment besoin de machine pour aller plus vite et améliorer la qualité, souligne-t-il. Je l’ai toujours dit : la qualité du riz, c’est depuis le champ et pas seulement à l’usinage. Quand un producteur coupe le riz, si le battage n’est pas fait dans les 72 heures, la qualité prend un coup. Donc si nous avons des batteuses-vanneuses, que le riz aussitôt coupé est battu et vanné, que nous avons des bâches pour bien l’étaler, c’est bon. Le taux d’humidité descend à 14 ou 13% en deux jours et vous avez déjà un produit de qualité. »

Jules Avoce, directeur de l’ESOP-Vallée de Dangbo, dans la vallée de l’Ouémé, au sud-est du Bénin. © RFI/Aurore Lartigue

Idem côté transformation. Jules attend d’ailleurs avec impatience une trieuse optique, qui doit permettre de gagner en temps et en qualité. Et cela va de pair, plutôt que des subventions, ce que le chef d’entreprise voudrait, ce sont des crédits adaptés à l’agriculture. « Sur ce point, les choses sont en marche », assure-t-on au ministère de l’Agriculture.

Une politique paradoxale ?

Ces dix dernières années, appuyé par les bailleurs internationaux, dont l’Union européenne qui a, entre autres, financé le programme PAFIRIZ de 2009 à 2013 par le biais du 10e Fonds européen de développement (FED), le gouvernement béninois a fortement encouragé la filière, d’un bout à l’autre de la chaîne. L’accent a aussi été mis sur sa professionnalisation, avec notamment la création en 2006 du Conseil de concertation des riziculteurs du Bénin (CCR-B), la structure faitière chargée de

Mathurin Iwikotan, président du Conseil de concertation des riziculteurs du Bénin (CCR-B) depuis 2012. © RFI/Aurore Lartigue

« plaider auprès de l’Etat et des partenaires techniques et financiers au nom des producteurs », explique son président Mathurin Iwikotan.

En attendant, pour combler le déficit, le Bénin importe donc du riz venu de la très lointaine Asie. En 2016, selon les données de l’USDA, il a acheté 425 000 tonnes de riz blanchi. Il est même le premier client de la Thaïlande. Largement au-delà, donc, des besoins de la population.

C’est qu’il y a un autre enjeu : si le Bénin importe du riz en masse, c’est aussi pour alimenter son grand voisin nigérian avec lequel il partage une longue frontière. De la réexportation informelle (comme en témoigne le graphique qui affiche des exportations nulles), sous forme de contrebande, car le Nigeria mène une politique protectionniste, notamment envers son riz local, et applique des taxes élevées sur les produits étrangers.

Une politique paradoxale ? Non, répond le directeur de la programmation et de la prospective. « Il y a une période de transition qu’il faut observer où l’on combine la production locale et importations pour tenir compte des besoins des consommateurs. » Pour lui, il n’y a pas d’incompatibilité et il dit espérer que la production locale continue de progresser pour rééquilibrer la balance commerciale.

Mais pour le Bénin, la réexportation est donc un véritable système économique car ces importations qui transitent par le port de Cotonou génèrent d’importants revenus douaniers. D’après Guy-Jean Abel, consultant agro-économiste, les entrées de riz représentent autour de 20% des ressources de l’Etat béninois, hors contributions des partenaires financiers internationaux.

Le travail fastidieux de triage du paddy pour enlever cailloux et impuretés. © RFI/Aurore Lartigue

David béninois contre Goliath asiatique

Sauf que ces importations, en inondant le marché, pénalisent fortement le riz local. Et la concurrence est forcément déséquilibrée. Niveau prix, difficile pour la petite production locale balbutiante de faire le poids face au savoir-faire séculaire de la Thaïlande. « Vous pouvez trouver le sac de riz de 50 kilos autour de 15 000 à 18 000 francs CFA pendant que le riz béninois, pour les 50 kilos, vous pouvez vous retrouver en moyenne à 25 000 28 000 francs CFA », détaille Bruno Gnidehoué, directeur de Label Bénin, chargé de la promotion du « made in Bénin ». Question de niveau de production bien sûr. « C’est le serpent qui se mord la queue », regrette-t-il.

Côté qualité aussi. D’autant que les habitudes ont la dent dure. Et les Béninois ont coutume de manger du riz asiatique. Car quand on parle de leur riz national aux Béninois, ils font souvent la moue. « Pas assez blanc », « moins raffiné », « difficile à cuire », « pas parfumé ». Bref, les griefs sont nombreux. Pourtant, si les acteurs de la filière concèdent qu’il y a quelques années le riz béninois n’était pas toujours à la hauteur, aujourd’hui ils l’affirment à l’unisson : « Le riz local n’a plus grand-chose à envier au riz importé ». Depuis cinq ans, la qualité s’est grandement améliorée affirment-ils. C’est donc aussi « un travail sur les mentalités » qu’il faut faire, selon le directeur de Label Bénin qui vante « le parfum naturel » du riz local contre « l’arôme rajouté » du grain asiatique. Dans son magasin, un rayon entier a été créé avec l’aide du programme PAFIRIZ pour mettre en avant la céréale nationale.

La phase du vannage, qui permet de débarrasser le riz de la poussière et des balles vides. © RFI/Aurore Lartigue

Pour lui comme pour les autres acteurs de la filière, c’est dans la commercialisation et la promotion du riz national que l’appui de l’Etat pêche. « Comment comprendre que ceux qui mettent l’argent dans la production du riz achètent du riz importé ? », s’indigne Jules Avoce de la mini-rizerie de Dangbo. Récemment le CCR-B a donc plaider auprès des autorités pour un accès facilité au marché institutionnel. « Si on fait des efforts pour accompagner les producteurs, mais qu’en même temps dans nos garnisons, dans nos cantines scolaires et dans nos universités on continue de manger du riz importé, on n’est pas cohérents avec nous-mêmes », pointe le directeur de Label Bénin. « Il faut communiquer dans les assiettes, préconise-t-il, pour provoquer l’effet d’entraînement qui tarde malheureusement à venir. »

Parmi les autres suggestions pour soutenir la production nationale, producteurs, transformateurs et promoteurs appellent de leurs vœux l’instauration de quotas de riz local dans le panier des importateurs. Un arrêté portant sur « les conditions d’assainissement du marché du riz (…) de même que les conditions d’agrément d’importateurs de riz » avait été pris en juillet 2016. Selon le CCR-B, il évoquait une disposition de ce type. Mais il a été abrogé un mois plus tard. Signe, peut-être, de la sensibilité de la question des importations.

En attendant, même s’il y a finalement peu de riz béninois sur le marché en proportion, les producteurs ont souvent du mal à écouler leur stock. « Le riz importé vient étouffer le marché », analyse Mathurin Iwikotan, le président du CCR-B. Là aussi le Bénin a des faiblesses : les circuits de distribution sont mal organisés. Résultat : le produit a du mal à arriver jusqu’au consommateur. D’ailleurs, sur les étals du marché régional de Dantopka à Cotonou, on trouve des dizaines de marques, de qualités et de parfums différents. Thaïlandais, indien, pakistanais… Pour acheter du riz béninois, en revanche, mieux vaut s’armer de patience. Et les vendeurs eux-mêmes ont bien du mal à citer une marque locale parmi la dizaine existante. Patricio Mendez Del Villar, économiste au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement), estime que moins de 10% du riz produit sur le sol béninois arrive à Cotonou.

Au grand marché de Dantokpa, à Cotonou, on trouve beaucoup de marques de riz asiatique, mais peu de riz béninois. © RFI/Aurore Lartigue

Sur cette question, au ministère de l’Agriculture, on botte en touche. Mais Dossa Aguémon assure que le riz reste une filière prioritaire pour le nouveau gouvernement. Avec notamment des aménagements pour maîtriser l’eau et la valorisation de « pôles de développement agricoles en fonction de leurs potentialités. »

L’Union européenne, quant à elle, entame ce mois-ci une évaluation globale de la filière. Un diagnostic pour tenter d’estimer la viabilité du riz béninois. Et elle change de stratégie. Fini le soutien de projets, l’agriculture devient un secteur de concentration. Il s’agira désormais d’un appui budgétaire. Au gouvernement ensuite de choisir les réformes qu’il veut entreprendre. « La première enveloppe devrait être débloquée d’ici la fin de l’année », espère Joël Neubert, de la délégation de l’UE à Cotonou.

Pour l’heure, le salut du riz béninois s’appelle donc encore le marché nigérian. Avec 180 millions bouches à nourrir, les Nigérians, eux, ne boudent pas la production voisine. « Ils prennent une bonne partie de notre riz, confirme Mathurin Iwikotan, surtout le riz étuvé que font les femmes, dont ils sont friands et qu’ils appellent parboiled rice. Certains ont même installé des rizeries juste à côté de la frontière et c’est le riz produit au Bénin qui les alimente. »