Archives pour la catégorie Agriculture familiale

« Les pays africains doivent miser sur la diversité agricole »

Les actions d’aide au développement menées par l’Europe ne favorisent pas une agriculture africaine durable, affirme Charles Goerens, député européen (groupe ADLE) du Parti démocratique du Luxembourg.

Les pays africains doivent développer une agriculture durable et diversifiée.

La Croix : Le Parlement européen a voté en 2016 une résolution très critique sur la politique d’aide au développement de la Nasan, la Nouvelle Alliance pour la sécurité alimentaire et la nutrition destinée aux pays africains pauvres dans laquelle l’Union européenne a investi plus d’un milliard d’euros. Pourquoi ?

Charles Goerens : Nous avons tout intérêt à ce que les pays en développement éradiquent la pauvreté et parviennent à la sécurité alimentaire. Or l’aide au développement est en partie dévoyée. Lorsque l’on brade en Afrique les bas morceaux de poulet non prisés par les Européens, on crée une rude concurrence sur les marchés africains et déstabilise des agricultures très fragiles.

L’UE devrait être le meilleur avocat des pays demandeurs de protection, comme elle a su, elle, protéger son agriculture. Pourtant dans les accords de partenariat économique (APE) qu’elle négocie avec les pays ACP (Afrique, Caraïbes, Pacifique), elle applique la libéralisation du commerce qui expose ces pays à une concurrence brutale, en se référant aux accords du Gatt. Mais ceux-ci avaient été pensés pour commercer entre pays à situations économiques comparables !

> Lire aussi : En Afrique, le défi de l’emploi agricole

Le commerce prend le pas sur le développement…

C. G. : Les APE ont été négociées par la direction générale du commerce de la Commission, la direction générale chargée du développement ayant eu un rôle second. Il y a de fait une asymétrie entre acteurs. Tant qu’ils ne seront pas sur un pied d’égalité et tant qu’il n’existera pas au sommet des institutions une instance d’arbitrage pour trancher les conflits entre directions, alors il y aura toujours un problème de cohérence des politiques européennes.

Dans votre résolution, vous demandez de ne pas soutenir les cultures OGM en Afrique. Pourquoi ?

C. G. : Les OGM rendent les agriculteurs dépendants d’acteurs extérieurs. Les pays ont besoin de soutenir leur agriculture paysanne, de miser sur la diversité des semences et des modes de culture pour s’adapter aux différents milieux et aux changements climatiques. Toutefois il revient aux pays de définir eux-mêmes leur cadre légal, d’interdire les OGM s’ils le souhaitent.

À nous de prêter assistance à ceux qui le demandent pour renforcer leur gouvernance. Plus les acteurs publics sont forts, plus la société civile est organisée, plus ils peuvent faire contrepoids aux puissants acteurs privés.

> Lire aussi : À la COP22, l’agriculture africaine face au changement climatique

La lutte contre l’accaparement des terres fait aussi partie de vos priorités…

C. G. : Le Parlement s’est saisi de cette question comme ce fut le cas dans le passé pour la suppression des subventions honteuses à l’exportation des produits agricoles qui détruisaient les marchés par une concurrence déloyale. Pour l’arrêter, il a suffi d’une décision unilatérale de l’UE. La lutte contre l’accaparement des terres est plus complexe et la décision revient, in fine, à chaque État. La politique est affaire de petits pas. Nous devrons nous mobiliser au long cours sur cet enjeu.

Recueilli par Marie Verdier
plaine-rizicole-agricole-office-niger-riziculteurs-champs-verge

Mali/Agriculture : le développement de l’Afrique et la santé de sa population passent par l’agriculture biologique et écologique

C’est du moins, ce qu’a laissé entendre des professeurs et chercheurs maliens de l’IPR/ISFRA de Katibougou. C’était lors d’une conférence-débats organisée, le samedi 10 décembre 2016, à l’Institut polytechnique rural de formation de recherche appliquée (IPR/ISFRA) de Katibougou sur le thème : «l’agriculture biologique et écologique : enjeux et perspectives ». Ce thème d’actualité brûlante a été débattu par de nombreux conférenciers notamment, l’honorable Tiassé Coulibaly et non moins président de l’AOPP ; le directeur des études de l’IPR, Lassine Soumano ; le coordinateur de l’Association des organisations professionnelles paysannes (AOPP), Seydou Tangara ; et le point focal au Mali du programme agriculture biologique et écologique, Amadou Coulibaly.

Cette conférence avait pour objectif d’informer les étudiants de l’IPR, le monde rural sur le programme de promotion et de développement de l’Agriculture écologique biologique et surtout sur ses avantages et perspectives pour le Mali, l’Afrique et le monde entier. Elle a été suivie avec intérêt par plus d’une centaine d’étudiants et professeurs de l’IPR de Katibougou.

Le coordinateur de l’AOPP, Seydou Tangara a, dans son exposé, expliqué largement le projet de l’union africaine sur l’Agriculture biologique et écologie (ABE).

Le projet ABE est une initiative des chefs d’Etat africains. Au Mali, le projet est porté par l’AOPP. L’Institut polytechnique rural de Katibougou (IPR/ISFRA) est chargé de la communication et l’Institut d’économie rurale (IER–Sikasso) s’occupe de la recherche.

Cette conférence initiée par l’IPR visait à informer les populations sur l’agriculture biologique.

Il ressort des présentations des conférenciers que l’agriculture biologique est un système de production qui maintient et améliore la santé des sols, des écosystèmes et des personnes. Elle s’appuie sur des processus écologiques, la biodiversité et des cycles adaptés aux conditions locales, plutôt que sur l’utilisation d’intrants ayant des effets adverses. L’agriculture biologique allie tradition, innovation et science au bénéfice de l’environnement commun et promeut des relations justes et une bonne qualité de vie pour tous ceux qui y sont impliqués.

L’agro-écologie recouvre un ensemble de techniques agricoles visant à travailler le sol de façon à respecter les conditions physiques, chimiques et biologiques nécessaires à la restauration et au maintien à long terme du potentiel productif : semis direct, sous couvert végétal, utilisation de plantes de couverture, de trous de semis, fertilisants naturels, haies vives, etc. Il s’agit d’une démarche qui associe le développement agricole à la protection de l’environnement et aux pratiques culturelles. Ses objectifs principaux sont : faire évoluer l’agriculture orientée actuellement sur le quantitatif et l’économique strict, vers une agriculture qualitative visant la satisfaction des besoins dans une dynamique de durabilité.

L’agro-écologie recouvre un ensemble de techniques agricoles visant à travailler le sol de façon à respecter les conditions physiques, chimiques et biologiques nécessaires à la restauration et au maintien à long terme du potentiel productif : semis direct, sous couvert végétal, utilisation de plantes de couverture, de trous de semis, fertilisants naturels, haies vives, etc. Il s’agit d’une démarche qui associe le développement agricole à la protection de l’environnement et aux pratiques culturelles. Ses objectifs principaux sont : faire évoluer l’agriculture orientée actuellement sur le quantitatif et l’économique strict, vers une agriculture qualitative visant la satisfaction des besoins dans une dynamique de durabilité.

Au Mali, ce système d’agriculture est pris en compte par la Loi d’orientation agricole (2006), le Schéma directeur du développement rural (1996) et par des textes régissant la décentralisation et du Cadre stratégique pour la croissance et la réduction de la pauvreté (2011-2017).

Les principes de l’agriculture biologique et écologique

Le professeur Amadou Coulibaly a indiqué que l’agriculture biologique et écologique, contrairement a l’agriculture conventionnelle, est basée sur des principes. Il s’agit du principe de santé (l’agriculture biologique devrait soutenir et améliorer la santé des sols, des plantes, des animaux, des hommes et de la planète, comme étant une et indivisible) ; le principe d’écologie (l’agriculture biologique devrait être basée sur les cycles et les systèmes écologiques vivants, s’accorder avec eux, les imiter et les aider à se maintenir) ; le principe d’équité (l’agriculture biologique devrait se construire sur des relations qui assurent l’équité par rapport à l’environnement commun et aux opportunités de la vie) et le principe de précaution (l’agriculture biologique devrait être conduite de manière prudente et responsable afin de protéger la santé et le bien-être des générations actuelles et futures ainsi que l’environnement).

L’historique de l’agriculture biologique au Mali et Aperçu sur son développement en Afrique de l’Ouest

Aux dires des conférenciers, la porte d’entrée de l’agriculture biologique au Mali a été le coton biologique à partir des années 1998 à la suite de la crise du coton conventionnel. Et des résultats encourageants ont été réalisés sous l’accompagnement de Helvetas-Mali.

L’IPR de Katibougou, dira le directeur des études, est le précurseur de l’agriculture biologique en Afrique francophones occidentale.

Le coton bio est cultivé par plus de 220 000 petits agriculteurs dans 22 pays à travers le monde. Bien que la fibre bio ne représente que 0,76% de la production mondiale de coton, il faut noter qu’elle a progressé de 20% entre 2008 et 2009. Le Bénin, le Sénégal, le Burkina Faso, le Togo, le Mali, le Ghana sont des pays d’Afrique de l’Ouest actifs sur les labels bio et bio- équitable.

Les conférenciers ont rappelé que les défis de l’agriculture malienne sont principalement de trois ordres : produire en quantité et en qualité une nourriture diversifiée pour une population en pleine croissance en assurant un revenu digne aux paysans, paysannes ; résister face aux impacts négatifs des changements climatiques, à la baisse des rendements et de la productivité qui s’en suit ; et produire tout en permettant la restauration de l’environnement et des ressources naturelles base de tout processus de durabilité.

Face à ces défis, le point focal du projet ABE, Amadou Coulibaly a affirmé que «l’Afrique a son avenir dans l’agriculture biologique et écologique ». Il a ajoute que «le développement de l’Afrique et la santé de sa population passent par l’ABE. On ne peut plus nier aujourd’hui les avantages du bio sur le plan environnementale et sanitaire. Notre environnement est aujourd’hui malade et nous sommes tous malades à cause de la mauvaise qualité des produits alimentaires due à la mauvaise pratique de agricole».

Heureusement, l’Afrique a déjà amorcé la promotion et le développement de l’ABE. L’Union africaine (UA) s’est fortement engagée dans cette dynamique. Elle assure la présidence de la commission de suivi de l’initiative, notamment pour faciliter son intégration dans les politiques agricoles des pays africains.

Il a été surtout précisé au cours de la conférence que l’ABE n’a rien à voir avec les organismes génétiquement modifiés (OGM). Selon les chercheurs maliens,

l’éventuelle introduction des OGM au Mali constitue une menace grave pour les initiatives AEB en développement.

L’honorable Tiassé Coulibaly a salué l’organisation de la conférence-débats sur l’ABE et a souhaité que de telles initiatives soient multipliées pour informer les populations sur les meilleurs systèmes agricoles à adopter.

bamada.net

 

femme_agriculture_fao_0

Les femmes, piliers du développement de l’agriculture en Afrique

Sur le continent, les femmes participent largement à la production agricole et à la transformation des produits, et leur rôle est essentiel dans le développement de la sécurité alimentaire. Pourtant elles jouissent rarement des mêmes droits que les hommes, notamment en ce qui concerne la propriété terrienne.

Remettre les femmes au centre de l’agriculture africaine : tel est l’objet de la réunion organisée par la FAO à son siège, à Rome, le vendredi 16 décembre. L’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture déplore dans un récent rapport que les femmes reçoivent en général « une partie très faible de la terre, du crédit, de la formation ou de l’information agricole ».

« A titre d’exemple au Mali la propriété foncière revient aux hommes pour 86.7% des cas, explique Tacko Ndiaye, spécialiste des questions du genre, de l’égalité et du développement rural à la FAO. Et on sait que la terre n’est pas qu’un moyen de production important. C’est aussi une garantie pour l’accès au crédit. »

Lutter contre la pauvreté

Selon un calcul de l’organisation des Nations unies, en ce qui concerne le continent africain, si les femmes avaient le même accès que les hommes aux ressources productives, elles pourraient augmenter de 20 à 30% les rendements des exploitations agricoles.

Tacko Ndiaye note que certains pays comme l’Ethiopie et le Rwanda possèdent un « droit équitable », avec «  un système d’enregistrement conjoint par lequel la terre est enregistrée au nom de la femme et du mari ». Et l’experte des questions de genre et de développement rural de conclure : « Investir dans l’autonomisation des femmes dans l’agriculture, c’est un raccourci intelligent dans le cadre de la lutte contre la pauvreté en milieu rural. »

RFI

agriculteur-mais-lesotho

Les conflits en cours continuent d’aggraver l’insécurité alimentaire, selon la FAO

Les conflits civils et les chocs liés aux conditions météorologiques ont fortement pesé sur la sécurité alimentaire en 2016, faisant augmenter le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance alimentaire, selon un nouveau rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).

La nouvelle édition du rapport «Perspectives de récolte et situation alimentaire», publiée jeudi, souligne que 39 pays ont besoin d’une aide extérieure pour couvrir leurs besoins alimentaires.

Alors que les perspectives sur les approvisionnements céréaliers dans le monde s’améliorent en raison de conditions de croissance favorables pour les cultures, les séquelles des dernières sécheresses persistent, tout comme les effets négatifs ressentis suite aux conflits.

Les prévisions agricoles suggèrent que les prochaines récoltes de grains seront bonnes mais que la faim va probablement s’intensifier dans certaines régions et ce, pendant les saisons maigres, avant que les nouvelles cultures n’arrivent à maturation. En Afrique australe, où les effets du phénomène El Niño ont fortement contribué à réduire la production agricole en 2016, le nombre de personnes ayant besoin d’une assistance extérieure de janvier à mars 2017 devrait augmenter de manière significative, comparé à la même période l’année précédente. Le rapport indique que les retards de croissance sont «beaucoup plus répandus» dans les zones connaissant des troubles telles que Madagascar, le Malawi et le Mozambique.

Dans certaines régions, les stocks de semences de céréales et de légumes, devenus inadéquats à la suite de deux récoltes insuffisantes et consécutives, pourraient limiter les campagnes de semis. La FAO et les gouvernements travaillent à la mise en œuvre de programmes de soutien agricole visant à améliorer l’accès aux intrants agricoles essentiels.

Les conflits jettent une ombre sur la sécurité alimentaire

Afin de faciliter la planification d’une intervention humanitaire, le rapport identifie les causes premières des crises alimentaires locales. Cela va du déficit exceptionnel de la production agricole au manque d’accès généralisé (en raison des faibles revenus, des prix élevés ou des perturbations des réseaux de distribution), en passant par les effets du conflit sur les conditions de sécurité alimentaire locale.

Les conflits civils et leurs conséquences, y compris les mouvements de réfugiés qui pèsent sur les pays d’accueil tels que le Cameroun et le Tchad, sont cités par 21 des 39 pays concernés. Les conflits généralisés peuvent conduire à la perte et à la diminution des moyens de production des ménages, comme cela est le cas en République centrafricaine, et à des problèmes de sécurité qui auront pour effet de freiner les activités agricoles, à l’image du Soudan du Sud. Dans certaines zones du pays, les récoltes, bien que meilleures, vont probablement avoir un effet éphémère en raison du conflit en cours, qui limite la pratique des activités agricoles, posant ainsi davantage de risques pour les communautés les plus vulnérables.

En Syrie, 9,4 millions de personnes ont besoin d’une assistance alimentaire, en raison de la poursuite du conflit civil. Cette année, le niveau de la production de blé devrait être environ 55% moins important que celui précédant la crise. Selon le rapport, le conflit en cours au Yémen a clairement contribué à faire augmenter le nombre de personnes en situation d’insécurité alimentaire, dépassant largement l’évaluation de juin qui les estimaient à 14,2 millions.

Les tendances agricoles appelées à s’améliorer après une année 2016 difficile

En 2016, les sécheresses et les effets climatiques induits par le phénomène El Niño ont provoqué d’importantes pertes de récoltes dans plusieurs pays. L’ensemble de la production céréalière africaine a baissé en 2016 malgré quelques gains sous-régionaux, notamment en Afrique de l’Ouest et dans la région sahélienne, qui est en passe de battre un record avec sa production céréalière. En Afrique australe, la production de maïs a connu une forte baisse, menaçant gravement les conditions de sécurité alimentaire.

Les faibles récoltes ont entraîné une forte hausse des prix de l’incontournable maïs au Malawi, où 6,5 millions de personnes devraient vraisemblablement se retrouver en situation d’insécurité alimentaire lors de la prochaine saison maigre. D’un point de vue positif, avec la fin du phénomène El Niño, les estimations préliminaires font état d’une hausse de 27% des semis de maïs pour la campagne agricole sud-africaine de 2017, de loin le plus grand producteur de la région.

Alors que la plupart des pays d’Asie ont bénéficié de productions agricoles plutôt généreuses en 2016, notamment grâce à une nette relance en Inde, l’impact des conflits toujours en cours dans les pays du Proche-Orient continue d’amoindrir la production agricole et ce, malgré des conditions climatiques globalement favorables pour les cultures céréalières de base.

En Amérique latine et dans les Caraïbes, un rebond de la production en Amérique centrale en 2016 serait apprécié, après des rendements diminués par la sécheresse l’année précédente, tandis que la campagne de semis de 2017 en Amérique du sud devrait bien démarrer après avoir enregistré une baisse des récoltes en 2016, due en grande partie aux sécheresses qui ont sévi en Bolivie, au Brésil et au Paraguay.

Les 39 pays ayant actuellement besoin d’une aide alimentaire extérieure sont : l’Afghanistan, le Burkina Faso, le Burundi, le Cameroun, la République centrafricaine, le Tchad, le Congo, la République populaire démocratique de Corée, la République démocratique du Congo, Djibouti, l’Erythrée, l’Ethiopie, la Guinée, Haïti, l’Irak, le Kenya, le Lesotho, le Liberia, la Libye, Madagascar, le Malawi, le Mali, la Mauritanie, le Mozambique, la Birmanie, le Népal, le Niger, le Nigéria, le Pakistan, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, la Sierra Leone, la Somalie, le Soudan du Sud, le Soudan, le Swaziland, la Syrie, l’Ouganda, le Yémen et le Zimbabwe.

Centre d’actualités de l’ONU

femmes-sechage-cacao

Afrique: la femme est l’avenir de l’agriculture

Elles sont juriste, médecin ou comptable et ont choisi de se lancer dans l’agroalimentaire, en Côte d’Ivoire, au Mali ou au Cameroun. En Afrique, la modernisation de l’agriculture passera par les femmes.

 

De tous temps, elles ont été les piliers de l’économie rurale africaine, habituées des corvées d’eau lointaines et des récoltes harassantes. Mais les femmes reçoivent aussi en général « une partie très faible de la terre, du crédit, de la formation ou de l’information agricole », déplore l’organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) dans un rapport récent.

Le continent est encore loin d’assurer son autosuffisance alimentaire, mais si les femmes avaient le même accès que les hommes aux ressources productives, elles pourraient augmenter de 20 à 30% les rendements des exploitations agricoles, selon un calcul de la FAO.

Certaines, éduquées, sont en train de quitter les bureaux pour se lancer dans l’agroalimentaire, sentant à la fois un potentiel de développement et des besoins.

Plusieurs directrices de coopératives étaient présentes la semaine dernière à Paris au colloque annuel du think-tank FARM, au siège de l’OCDE. L’AFP les a rencontrées ainsi que la directrice d’une coopérative de cacao, venue témoigner sur les conditions de production en commerce équitable, à l’invitation du label Max Havelaar.

Wony Tieminta, 33 ans, est juriste, ancienne secrétaire administrative. Cette jeune Malienne qui s’occupe à la fois de pisciculture, de culture de mil et de maraîchage, est aussi vice-présidente des « Jeunes ruraux du Mali ».

« Nous sommes beaucoup de jeunes diplômés au Mali et il y a tellement de jeunes sans emploi que je ne vais pas aller allonger les files d’attente devant les bureaux », raconte la jeune femme.

Femmes en Action

Aujourd’hui, à la tête de la coopérative « Femmes en action » avec 14 autres femmes, elle transforme la céréale locale, le fonio, vendu sous forme de gâteau pré-cuit, ou les graines de néré, un fruit chargé de nombreuses vertus thérapeutiques, en arôme d’assaisonnement dit « soumbara », ainsi que la farine de mil en « dégué », une crème à base de farine de cette céréale.

Le problème, selon Wony, est que l’agriculture a une image négative parmi la jeunesse malienne: « Ils ont vu leurs parents subvenir en se tuant à la tâche aux besoins de leur famille, et ils préfèrent déserter les champs au profit des mines, ou de l’Europe. Notre défi, c’est de rendre l’agriculture plus attrayante, mais les femmes ont encore beaucoup de problèmes pour l’accès au foncier, l’accès au crédit, c’est parfois décourageant » dit-elle.

Au Cameroun, Christine Njole Ndoumbe est conseillère du groupement de poivre de Penja, une des rares Indications géographiques protégées en Afrique.

Mais elle est aussi médecin-urgentiste à l’hôpital local. Pourquoi avoir choisi de diversifier ses activités dans les plantations de poivre? « Pour un complément de revenu » dit la jeune femme, qui a bataillé pour obtenir la reconnaissance internationale du poivre de Penja, vendu « quatre fois plus cher » que du poivre non AOP.

« Nous avons 500 personnes impliquées, dont 300 femmes, sur trois métiers: pépiniéristes, producteurs et distributeurs », explique-t-elle.

L’Ivoirienne Estelle Ado, directrice depuis 2012 d’une coopérative de 1.800 producteurs de cacao, était d’abord comptable, puis assistante de gestion dans une ONG.

« Au début, les femmes n’avaient droit à aucune terre par héritage, nous nous sommes battues collectivement pour qu’on nous accorde des parcelles, et maintenant nous avons des rendements supérieurs aux hommes parfois », raconte-t-elle.

Preuve que les mentalités évoluent, les réunions de sensibilisation pour convaincre les hommes de libérer leurs femmes de certaines tâches ménagères ont bien fonctionné.

« Des hommes se sont mis à aller puiser de l’eau, ou à passer le balai à l’intérieur de la maison, mais jamais dans la cour », dit-elle en souriant. Les voisins ne doivent pas savoir.

VOA Avec AFP

 

fida-couverture-rapport-dvlpt-rural-2016

Rapport sur le Développement Rural FIDA 2016:Opportunités centrales pour réduire la pauvreté

Pour le Président du FIDA, Docteur Kanayo F. Nwanze, depuis la publication, en 2011, du Rapport sur la Pauvreté Rurale, le monde a été marqué par des changements rapides qui modifient le paysage du développement. Le Rapport sur le Développement Rural 2016, publication phare du FIDA, lance un appel de ralliement aux décideurs et aux praticiens du développement pour gagner la guerre menée contre la pauvreté à l’échelle planétaire.

La présentation régionale du Rapport sur le Développement Rural FIDA 2016 a été une véritable aubaine pour décrypter, avec plusieurs experts, le rôle du secteur agricole, du secteur privé, et des jeunes dans la transformation rurale inclusive en Afrique de l’Ouest et du Centre.

Deux priorités du Rapport peuvent stimuler la croissance: l’autonomisation des jeunes ruraux, et la prise en compte de la réforme des règlements limitant l’accès et l’investissement du secteur privé des filières.

S’appuyant sur la Stratégie de la BAD, l’expert principal en Agriculture, Benedict Kanu a évoqué 3 systèmes: production, post-récolte, vente. Il a insisté sur le système de production, avec l’agriculture familiale dans laquelle les jeunes et les femmes sont impliqués. Pour l’expert Benedict Kanu, il faut remanier totalement la formation professionnelle.

Au sujet du soutien des Etats aux filières en vue du développement agricole, l’experte Angela Dannson du Ministère ghanéen de l’alimentation et de l’agriculture a souligné qu’il faut une interaction avec le secteur privé.

Car l’agriculture doit décoller pour assurer la sécurité alimentaire. L’agriculture doit être transformée tout le long de la chaîne des valeurs et de l’industrie. « Nous travaillons  dans les cadres mondiaux comme les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), l’Objectif de Développement Durable (ODD), le concept de la chaîne des valeurs pour l’amélioration du commerce… »  a précisé l’experte Angela Dannson. C’est pourquoi elle invite tous à trouver de nouvelles manières de travailler ensemble. « La BAD à travers ces 5 grandes zones de priorités devrait constituer un fer de lance pour booster le développement agricole ».

« La ruralité, ce sont les sociétés. Il faut d’abord s’adresser aux communautés et à leurs histoires, et ensuite harmoniser le cadre de travail et de collaboration » a indiqué Mamadou Cissoko, Président d’honneur du Réseau des organisations paysannes de l’Afrique de l’Ouest (ROPPA).

A en croire le Président de l’Association Nationale des Riziculteurs de Côte d’Ivoire (ANARIZ-CI), Thomas Kouadio-Tiacoh, l’on devra prendre en compte 3 étapes: la production, la transformation et la conservation. Il a précisé qu’il faut constituer la transformation à travers les hommes.

L’experte Ada Osakwe, Directrice exécutive d’Agrolay Ventures, Nigéria a interpelé tous sur le fait qu’il faut protéger les marchés en raison de la récurrence des contingences et contraintes dans l’activité.

Le Directeur de la Division des politiques et du Conseil technique du FIDA, Adolfo Brizzi a pour sa part, exposé sur l’apport du secteur public pour la transformation inclusive du développement rural. Il a fait savoir que depuis 1 an le FIDA s’est imposé des objectifs: Éradiquer la pauvreté et la faim. L’expert Adolfo Brizzi a également souligné que la finance rurale reste un problème; et le financement de l’Afrique reste un mythe. Car c’est un secteur à haut risque.

Le FIDA a publié son Rapport sur le Développement Rural 2016, sur le thème:Encourager une transformation inclusive du monde rural.

Patrice Kouakou

korhogo16

Agriculture, principal moteur de la croissance économique

La promotion du développement agricole et rural dans les pays en voie de développement s’impose à tous et à toutes. Entre autres il faut contribuer à la réduction de la pauvreté, à la croissance, à la durabilité. Car 70% de la population des pays en voie de développement vivent sans les zones rurales. Ces zones souffrent des contingences liées à la pauvreté.

L’agriculture contribue considérablement au PIB, à l’emploi et aux exportations. Elle constitue également le principal moteur de la croissance économique.C’est la source de matières industrielles, de profits d’exportations, d’économies et d’investissement.

Le secteur agricole est à la fois la principale nourriture des pays pauvres, et le marché principal des secteurs non agricoles. Le succès de la quasi-totalité des pays en voie de développement repose sur l’agriculture.

La promotion de la démocratie, des droits de l’homme, et de l’état de droit dans un cadre rural s’impose également. C’est un défi spécial dans les zones rurales. Car la structure de ces zones est basée sur des considérations de sexe, d’ethnie, de caste, de féodalité et de richesse.

Les femmes ne devraient, par ailleurs, pas être mises en marge de ce déploiement pour le développement agricole et rural. Aujourd’hui encore, le Rapport sur la situation mondiale de l’alimentation et de l’agriculture (SOFA 2010-2011) attire l’attention sur la contribution fondamentale des femmes au secteur agricole dans de nombreux pays en développement. Il insiste sur la nécessité de permettre aux femmes rurales d’avoir accès aux mêmes ressources et opportunités que les hommes pour produire mieux et davantage. Elles peuvent jouer un grand rôle, et l’on devra contribuer à accroître la visibilité des populations rurales surtout les femmes.

L’information et la communication, la sécurité alimentaire, et enfin l’égalité entre les hommes et les femmes: trois dimensions du développement rural qui sont intimement liées.L’importance de ces liens a été soulignée à de multiples reprises par l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’Agriculture (FAO), notamment depuis la publication de la Stratégie d’action sur le rôle de l’information dans l’égalité des chances et la sécurité alimentaire.

Patrice Kouakou