Production agricole : Dynamisation de la filière rizicole

Le riz est l’une des principales cultures et l’une des denrées les plus consommées en Afrique subsaharienne en général, et en Côte d’Ivoire en particulier. Le riz est devenu, depuis longtemps l’aliment principal pour la majeure partie des populations vivant en Côte d’Ivoire. La demande intérieure a atteint le seuil de 1 500 000 tonnes de riz blanchi en moyenne par an. Pour remédier ce gap, l’on a assisté à d’importantes importations de riz blanchi : soit 757 000 tonnes en 2008 et 919 000 tonnes en 2009 pour un coût de 235 milliards de francs CFA.

Fort de cela, la Côte d’Ivoire veut parvenir à la réalisation de systèmes rizicoles efficaces et plus productifs. L’objectif est ainsi d’accroître la sécurité alimentaire. La Côte d’Ivoire pourrait donc couvrir sa consommation domestique et exporter le surplus. Le paysjouit d’une nature généreuse, ces atouts peuvent lui permettre de produire suffisamment de riz.

Il ya une pléthore d’atouts qui pourraient contribuer à booster la production nationale de riz. Entre autres, un potentiel en bas-fonds et plaines, un climat avec une pluviométrie abondante, un bon niveau de savoir-faire des producteurs, l’existence de variétés de qualité, un strict suivi de la mise en œuvre des orientations stratégiques sur le développement de la filière riz. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est le deuxième importateur de riz  en Afrique de l’Ouest après le Nigéria, alors qu’elle a tous les potentiels pour réussir la riziculture. Car le riz pousse et réussit partout en Côte d’Ivoire. Nous y avons la chance de pouvoir cultiver le riz dans toutes les régions.

La situation de la production de riz révèle : pour le riz paddy, 2 152 935 tonnes en 2015 contre 1 206 153 tonnes en 2010, et pour le riz blanchi,  1 399 407 tonnes en 2015 contre 784 000 tonnes en 2010. Il ya une évolution des importations de riz blanchi, soit 1 136 969 tonnes en 2015 contre 756 681 tonnes en 2008.

Afin de dynamiser la filière, il ya la mise en place concrète des usines de production de riz dans les zones rizicoles du pays.

« Il ya déjà trois (03) usines de production de riz blanchi installées à Korhogo. Cela permettra d’accroître la production de riz, de conduire vers l’autosuffisance alimentaire et de valoriser la consommation du riz local » a précisé Koné Inza, producteur de  riz.

La Côte d’Ivoire s’inscrit dans la vision du programme de développement durable à l’horizon 2030 à travers l’objectif 2 (ODD) : Éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable.

En outre, comme facteurs favorisants à la dynamisation de la filière riz, il ya également des initiatives entreprises pour couvrir la demande intérieure de la Côte d’Ivoire. Les efforts des partenaires au développement, des politiques de productions de riz du gouvernement ivoirien et des partenariats public-privé, récemment une coopération sud-sud. Une rencontre des spécialistes internationaux de la chaîne des valeurs du riz et l’ensemble des parties prenantes basées en Côte d’Ivoire au nombre de 27. C’est une initiative soutenue par la Corée du Sud en partenariat avec la FAO. Les échanges ont porté sur le dispositif de financement des intrants agricoles, la politique de mécanisation de la filière rizicole, le dispositif de maitrise de l’eau, la commercialisation du riz et les investissements. Cette coopération et les partenariats avec ces pays proposent des solutions pour le développement, et apportent un soutien dans la lutte contre l’insécurité alimentaire.

En Côte d’Ivoire, cette initiative vient appuyer la stratégie nationale de développement de la filière du riz (SNDR) doté depuis 2012. La SNDR s’est appuyée sur une revue critique des politiques rizicoles antérieures ; d’abord de 1960 à 1977, ensuite de 1978 à 1995 et enfin de 1996 à 2010. Les principaux axes stratégiques des politiques de production de riz révisées sont d’une part le renforcement de l’appui technique à la production et d’autre part le renforcement de l’appui à la valorisation du riz local. La stratégie nationale de développement de la filière Riz révisée porte sur la période 2012-2020. L’objectif est de satisfaire l’ensemble des besoins de consommation nationale en riz de bonne qualité avec une production locale de 1 900 000 tonnes de riz blanchi et de porter cette production à l’horizon 2018 à environ 2,1 millions de tonnes de riz blanchi afin de dégager des surplus à exporter.

La Côte d’Ivoire s’est développée en agriculture sous le Président Houphouët-Boigny qui a mis en place la production intégrée  qui permet de résoudre toutes les questions au sein de la filière. Il a organisé la production à partir du système de production intégré telle que dans la production de l’huile de palme la SODEPALM, ensuite le riz par la SODERIZ qui avait des unités de transformation de même que la SODEFEL pour les fruits et légumes avec l’usine de transformation de la tomate. Ainsi au regard des mutations qui interviennent dans la structuration du monde agricole adossé au traité de l’OHADA sur la société coopérative et des directives de l’UEMOA sur l’interprofession agricole, les riziculteurs sollicitent d’une part un mécanisme de financement agricole avec à l’appui la garantie des risques, et d’autre part des appuis pour harmoniser et couvrir tous les départements en coopérative.

«La riziculture est une activité de développement qui crée des emplois et de la valeur ajoutée. Donc elle a besoin de gros investissements. Car par exemple, autour d’un (01) hectare de riz, se crée dix (10) emplois directs et indirects avec une production annuelle minimum de 10 tonnes de riz paddy soit 6 tonnes de riz blanc pour la consommation de 100 personnes, à raison de 60 kg/an/tête. A supposer que la réalisation d’un hectare de riz, avec maîtrise totale de l’eau, coûte 35 millions, avec 350 millions nous obtenons 100 hectares de surface aménagée» a indiqué le président de l’Association Nationale des Riziculteurs de Côte d’Ivoire (ANARIZ-CI),  Thomas Kouadio-Tiacoh

Rappelons qu’à Maputo  au Mozambique, les chefs d’Etat de l’Union Africaine (UA) se sont engagés à consacrer 10% de leur budget annuel à la production agricole.

Pour remédier à un manque de système de financement adapté à la production semencière, à l’absence d’un réseau efficace de distribution et de commercialisation de semences et plants, l’Etat a confié à l’Etablissement Public National (EPN) qu’est  l’Office National du Développement du Riz (ONDR) la mission d’élaboration et de mise en œuvre d’un mécanisme durable de production et de diffusion semencière du riz.

L’expérience sur la production et la certification de semences de riz initiée par le Programme de Facilité Alimentaire (PFA) en Côte d’Ivoire a permis aux différents acteurs impliqués dans le processus de production de semences de riz certifiées, non seulement de tirer plusieurs leçons, mais aussi de remettre en marche le dispositif de certification en Côte d’Ivoire, en veilleuse depuis la fermeture de l’Office des Semences et Plants (OSP), en 1994. Le Programme de Facilité Alimentaire (PFA) est un dispositif d’appui visant à renforcer l’intégration régionale par l’amélioration de la sécurité alimentaire dans la région ouest africaine. Il s’inscrit dans le cadre des orientations de la Facilité Alimentaire de l’Union Européenne et de la politique agricole commune de la CEDEAO (ECOWAP : Agricultural Policy of the Economic Community of West african states). Ces approches vont permettre de résoudre la problématique de l’insécurité alimentaire. La vision de ces politiques est de faire de la production du riz, une activité rentable pour les riziculteurs. La Côte d’Ivoire pourra être autosuffisante en riz qu’en encadrant les riziculteurs et qu’en suivant les orientations et stratégies en matière de production du riz.

Le Président de l’Association Nationale des Riziculteurs de Côte d’Ivoire (ANARIZ-CI), Thomas Kouadio-Tiacoh soutient que : « la Côte d’Ivoire peut être le premier exportateur de riz si sa filière bénéficie de financement pour le développement de la riziculture de la part de l’Etat. Car, il n’existe pas en Côte d’Ivoire de crédit agricole adossé à un mécanisme qui intègre la prise en compte du risque».Le suivi-évaluation dans la mise en œuvre de toutes les approches de production du riz pourra contribuer efficacement à assurer la sécurité alimentaire et de lutter contre la pauvreté en Côte d’Ivoire.

Patrice Kouakou

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