Des champs à l’école et au-delà : aider les ménages ruraux du Togo à sortir de la pauvreté

Au Togo, les étudiants originaires de zones rurales sont nombreux à ne pas trouver d’emploi à l’issue de leurs études.
Erick Kaglan/Banque mondiale

La semaine dernière, j’ai relaté une visite de terrain effectuée au mois d’octobre dans le cadre du Projet de soutien au secteur agricole togolais financé par l’Association internationale de développement (IDA) et le Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP). Au cours de nos échanges avec un riziculteur et sa famille nous avons pu constater l’efficacité rapide du soutien apporté par la Banque mondiale, mais nous avons également réalisé qu’il restait un grand nombre de défis à relever pour aider les petits exploitants à s’extraire durablement de la pauvreté et renforcer la productivité et la compétitivité de l’agriculture togolaise.

Notre dernière conversation avec Komlan Souley a été particulièrement frappante, parce qu’elle a révélé très concrètement la nécessité de créer des passerelles entre les interventions en faveur de l’agriculture et celles ciblant d’autres secteurs si l’on veut améliorer durablement les perspectives des ménages ruraux pauvres. Alors que nous rentrions chez lui par un chemin de terre boueux, ce riziculteur nous a raconté que son fils bachelier ne parvenait pas à trouver d’emploi. Et de demander : « la Banque mondiale a-t-elle les moyens d’améliorer les choses ? ».

Tandis que l’éducation est l’une des réponses pour aider les familles pauvres à sortir de la pauvreté, surtout dans les pays où il existe une corrélation claire entre hausse de l’instruction et qualité des emplois ou niveaux de revenu, le cas du Togo est nettement moins évident. En général, plus un individu est instruit, plus il risque de se retrouver au chômage ou d’être sous-employé. Près de 4 % des individus ayant (ou non) achevé leur cycle primaire sont au chômage, soit 184 000 personnes sur plus de 5 millions de Togolais. Parmi les 630 000 Togolais qui sortent du secondaire ou du premier cycle du supérieur, le taux de chômage bondit à 15 % (environ 93 000 personnes). Dans le même temps, alors que moins de 3 % de la population active est au chômage, près de 35 % de la main-d’œuvre est sous-employée.

Le fils de Komlan Souley peut travailler, en aidant par exemple son père à la ferme ou, comme de nombreux autres Togolais sous-employés, en devenant chauffeur de zemidjan (mototaxi) en ville. Mais cela soulève la question de la rentabilité de l’investissement dans l’éducation pour la prochaine génération de ruraux. Comment faire en sorte que ceux qui ont travaillé dur pour pouvoir envoyer leurs enfants à l’école voient leur labeur récompensé non seulement par des gains de productivité agricole mais également par des débouchés professionnels accrus pour leurs enfants qui ont achevé leurs études ?

On ne parviendra à éliminer la pauvreté au Togo et à favoriser une hausse durable des revenus qu’en apportant des solutions à l’ensemble des problèmes qui entravent le fonctionnement du secteur public et du secteur privé et interdisent d’offrir de meilleures perspectives d’avenir à la population, dans l’agriculture, à l’école et au-delà. Bien que l’économie togolaise soit relativement diversifiée — grâce aux services et au bâtiment, nouveaux moteurs de croissance depuis quelques années — l’agriculture reste le premier pourvoyeur d’emplois et un secteur critique pour faire reculer la pauvreté. Face à l’importance des cultures vivrières et des activités de transformation sans réelle valeur ajoutée mais aussi à une productivité comparativement faible des cultures vivrières et commerciales dans le pays, il semble évident que des mesures doivent être prises pour aider les agriculteurs à devenir plus productifs, à monter en gamme et à s’enrichir. De même, on ne parviendra pas à éliminer la pauvreté, ni à garantir un retour sur investissement de l’éducation, sans faire évoluer les débouchés et la qualité des emplois agricoles et non agricoles, grâce à un secteur privé plus dynamique porté par un climat des affaires plus favorable. La place centrale des femmes dans la société, comme mères au foyer, agricultrices et entrepreneures, exige aussi de leur donner les mêmes opportunités économiques que les hommes. Actuellement pourtant, les taux d’alphabétisation sont plus faibles chez les femmes que chez les hommes et ces dernières décrochent aussi plus souvent de l’enseignement secondaire, ce qui restreint leurs perspectives d’emploi et de rémunération.

Toutes ces questions et bien d’autres liées à la réduction de la pauvreté et à la promotion d’une prospérité partagée sont au cœur du diagnostic systématique que nous avons élaboré récemment pour le Togo et constitueront le pivot du soutien de la Banque mondiale au titre de son prochain cadre de partenariat avec ce pays, dont la finalisation est prévue en 2017.

Par Joelle Businger

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