Banque africaine de développement : plaidoyer pour l’agriculture et la sécurité alimentaire

La stabilité que connaît la Côte d’Ivoire depuis ces trois dernières années a permis à la BAD de s’installer durablement pour déployer ses activités. Son nouveau président, Akinwumi Adesina, entend mettre l’accent sur l’agriculture pour absorber le chômage des jeunes Africains et lutter contre la pauvreté.

Le retour définitif de la Banque africaine de développement à son siège statutaire d’Abidjan, fin 2014, a symbolisé, selon le Premier ministre ivoirien Daniel Kablan Duncan, «la confiance de la Banque dans les capacités de la Côte d’Ivoire à lui offrir durablement les conditions favorables pour exercer ses missions, mais également la reconnaissance des efforts importants déjà accomplis pour justement favoriser ce retour». En effet, la Côte d’Ivoire, deuxième économie de l’Afrique de l’Ouest après le Nigeria, avait perçu comme une injustice, début 2003, la «relocalisation temporaire» du siège de la BAD à Tunis «en raison de la fragilité du climat sociopolitique de l’époque». Au regard du prestige dont jouit la BAD, les autorités d’alors voyaient dans le choix stratégique de la Banque de délocaliser le centre de ses opérations à Tunis un autre coup dur à l’économie nationale, peu de temps seulement après l’éclatement de la rébellion en septembre 2002. Crise qui a connu son pic avec la guerre survenue après le second tour de l’électorale présidentielle de 2010, mettant ainsi à mal la paix et la stabilité du pays.

La sécurité, condition du développement
Le gouvernement ivoirien, selon l’aveu même de son Premier ministre Daniel Kablan Duncan, a fait de la sécurité, de la stabilité et de la paix ses priorités après la profonde crise postélectorale de 2010 qui a sinistré l’économie du pays. Et dès leur prise de fonction en avril 2011, les nouvelles autorités d’Abidjan ont mené des actions visant à améliorer considérablement le niveau de sécurité dont l’indice, selon les Nations unies, est aujourd’hui comparable à celui des grandes métropoles occidentales.
La préservation de ce climat de sécurité propice à l’environnement des affaires, malgré quelques escarmouches, a facilité la réhabilitation des infrastructures d’accueil, dont l’immeuble du CCIA, d’un coût de rénovation évalué à 33,7 milliards FCFA, d’une part, et du siège de la BAD, estimé quant à lui à 36 milliards FCFA, d’autre part. Ces ouvrages ont été mis à la disposition du personnel, revenu plus nombreux, environ 2.000 salariés, contre 800 au départ de la Banque à Tunis en 2003.
Ce contexte de stabilité qui a caractérisé l’environnement économique et social de la Côte d’Ivoire tout au long de 2015 a permis à la BAD de déployer sainement ses opérations et d’organiser à la fois son cinquantenaire et son assemblée générale annuelle en fin mai 2015 à Abidjan, au terme de laquelle la Banque a élu son nouveau président, le Nigérian Akinwumi Adesina, en remplacement du Rwandais Donald Kaberuka.

Le défi du chômage des jeunes
Si, au plan national, la Côte d’Ivoire a connu en 2015 une relative stabilité, «le changement de leadership à la tête de la BAD intervient, au plan régional, dans un environnement particulier où l’Afrique fait face à de nouveaux challenges sur les plans sécuritaire, économique, démographique et environnemental», analyse le président ivoirien Alassane Ouattara, économiste et banquier de son état. En effet, le monde est confronté à des problèmes de sécurité marqués par le terrorisme et les conflits armés, avec pour corollaire des violations massives des droits de l’homme. Ce contexte d’insécurité international n’épargne malheureusement pas le continent africain. Si rien n’est fait, ces menaces pourraient contrarier les bonnes perspectives que présente l’Afrique pour les années à venir.
Aussi, le chômage des jeunes Africains constitue un problème à aborder avec «audace». L’Afrique est aujourd’hui le plus jeune continent du monde avec 60% de sa population âgée de 15 à 24 ans, relève Akinwumi Adesina. Ce haut fonctionnaire de la Banque souligne d’ailleurs que plus de la moitié de ces jeunes sont au chômage, en sous-emploi ou inactifs. S’ils ne sont pas rapidement accès à l’emploi, prévient Adesina, ils continueront à amplifier le phénomène migratoire vers l’Occident et représenteront une bombe latente risquant de réduire à néant «les atouts économiques de l’Afrique».
Enfin, au plan économique, les cours des matières premières, essentiels produits d’exportation du continent, continuent de subir les soubresauts des marchés financiers internationaux. Du pain sur la planche pour le nouveau président de la BAD qui devrait impérativement trouver des solutions idoines au financement du développement de l’Afrique, en dépit des contraintes liées à la lutte contre le réchauffement climatique.

Priorité à l’agriculture et à la sécurité alimentaire
Malgré son potentiel en ressources naturelles, sa croissance économique flatteuse et ses perspectives d’avenir, avec une démographie galopante se rapprochant des 2 milliards d’individus d’ici quelques années, l’Afrique demeure aujourd’hui le continent le plus pauvre et le plus dépendant des autres économies. Le nouveau patron de la BAD, Akinwumi Adesina, ne conçoit pas «qu’un continent avec d’abondantes terres arables, de l’eau, une réelle diversité de ses ressources agro-écologiques et un climat favorable soit importateur net de produits alimentaires alors qu’il dispose de 65% des terres arables en jachère dans le monde, qui pourraient répondre aux besoins alimentaires de 9 milliards de personnes sur la planète d’ici à 2050.» Pour ce chantre de l’agriculture, l’Afrique doit absolument prendre sa place dans la chaîne des valeurs en produisant pour elle-même et par elle-même, tout en cessant d’exporter les matières premières pour développer des zones industrielles agro-alimentaires. L’objectif étant de profiter pleinement de ses richesses naturelles au-delà de ses hydrocarbures ou de ses ressources minérales. C’est en cela, indique Akinwumi Adesina, que la Banque, sous sa présidence, accordera la priorité à l’agriculture et à la sécurité alimentaire. Bien sûr, d’autres secteurs ne sont en reste.

Alexis Noumé, Cote d’Ivoire Economie

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