Quand les médias africains se réinventent dans l’agriculture, la musique, la mode ou la beauté

De l’agriculture, de la musique, de la mode et de la beauté. L’innovation des médias, en Afrique francophone, s’engouffre dans tous les aspects de la vie quotidienne. C’est une petite révolution, portée par une jeunesse africaine créative et résolument engagée dans le numérique. Au début octobre, Dakar a abrité un atelier du programme Afrique innovation – Réinventer les médias initié par CFI, l’opérateur médias du ministère français des affaires étrangères et du développement International et Code for Africa, un collectif de développeurs web dont Le Monde Afrique est partenaire.

Afrique innovation est une compétition de porteurs de projets en matière de collecte et de traitement de l’information à l’ère du numérique. Les projets sont issus d’un double Mooc (cours en ligne) lancé par CFI en 2015, destiné à apprendre à coder aux journalistes du continent et à informer aux codeurs. Vingt projets sont sortis du lot et ont passé, à Dakar, les épreuves de qualification pour l’étape suivante. Coup de projecteur sur trois d’entre eux.

Agribusinesstv. info

Basée au Burkina Faso, cette web télé produit et diffuse depuis mai 2016 des reportages sur des jeunes africains qui se sont lancés dans l’entreprenariat agricole. Le projet, initié par le journaliste burkinabé Inoussa Maïga, veut rendre justice à un secteur souvent négligé. « L’idée, c’est de faire connaître ceux qui sont dans l’agriculture mais également de changer les perceptions sur la pratique agricole, qui a longtemps rimé avec pauvreté, misère… », dit le fondateur. Agribusinesstv. info est aussi disponible sur une application mobile et les réseaux sociaux. En plus de la rédaction centrale, au Burkina, les correspondants dans sept autres pays (Bénin, Côte d’Ivoire, Mali, Cameroun, Togo, Niger, Maurice) envoient de petites vidéos (4 à 8 minutes) adaptées au web et sous-titrées français-anglais. Ce projet innovant commence à porter ses fruits : « Depuis le lancement, nous avons eu plus d’1 million de vues sur nos différentes plateformes », confie Inoussa Maïga.

Beatzaddiction.com

Avec ses deux slogans, « Enjoy African music » et aussi, plus francophone, « La culture au clic », cette plateforme permet aux artistes africains de vendre leur musique au public local. Le principe est simple : le client achète un code sur le site en payant avec Orange Money, Mobile Money ou d’autres services similaires. Le code lui est envoyé par SMS, WhatsApp ou Messenger et permet de télécharger une certaine quantité de musique, au choix. Le projet émane d’un trio de jeunes Béninois partis du constat que les artistes africains avaient les plus grandes difficultés à atteindre leurs fans africains par les outils internationaux de vente de musique que sont iTunes ou Deezer, par exemple. « Nous prenons 35 % sur chaque vente, le reste va aux artistes à qui nous versons leurs droits chaque trimestre à travers les mêmes canaux mobile », explique Salami Loukmane, l’un des créateurs de Beatzaddiction.com venu défendre le projet à Dakar. Le site enregistre déjà, en moyenne, plus de 1 000 téléchargements par jour.

Komkonso

Voilà un média qui n’existe que sur WhatsApp. « Le choix du réseau social s’explique par le fait qu’il est plus engageant et que l’information arrive directement à l’utilisateur », explique Aminata Thior, sénégalaise, ingénieure en télécoms installée à Paris. Avec deux compatriotes à Dakar, dont Massamba Ndakhté Gaye, directeur du site ecofinance.sn, elle entend fournir des infos pratiques et factuelles dans le domaine de la mode et de la beauté. Kom signifie « économie » en wolof. komkonso renvoie donc à l’économie de la consommation à travers un site qui offre 80 % d’infographies et 20 % de sons et de vidéos. Le secteur de la mode et de la beauté connaît un essor important au Sénégal mais soufre d’informations souvent orientées. Komkonso.com veut renverser la tendance en apportant des réponses à trois niveaux : quel est le produit le plus consommé du moment ? Où le trouver à Dakar ou ailleurs au Sénégal ? A quel prix ? Komkonso propose aussi un deuxième volet : orienter les marques face aux tendances du marché.

Un million à la clé

Ces trois projets font partie des huit sélectionnés à Dakar pour participer à la finale, à Abidjan, fin novembre, lors du Africa web festival. Les cinq autres étant Koobo, du Burkina Faso, une plateforme permettant de former des agriculteurs grâce à des messages audio sur leur téléphone, Niouz, de Madagascar, un média social pour les jeunes malgaches, La voix du Juriste, du Burkina, un webzine consacré aux questions de droit, Afroinitiativ, de Côte d’Ivoire, un média numérique dédié à la promotion de l’entrepreneuriat et des nouvelles technologies et Kionesha, de République démocratique du Congo et du Cameroun, une banque d’images et de données destinée aux médias en ligne du continent.

Les ateliers Afrique Innovation à Dakar, début octobre 2016

Avant la finale d’Abidjan, devant un parterre de possibles mentors, sponsors et investisseurs, les huit projets retenus à Dakar vont se bonifier grâce aux conseils d’experts pour renforcer leurs propositions, développer des plans de mise en œuvre ainsi que leur modèle économique. Par ailleurs, et dans un processus parallèle, ces projets seront des candidats naturels – et bien armés – à un autre concours, panafricain celui-ci, Innovate Africa qui, le 31 janvier 2017, distribuera un million de dollars à 20 projets de tout le continent, avec des prix allant de 12 000 à 100 000 dollars. Et là, Pierre Jalladeau, directeur Afrique à CFI affiche déjà ses ambitions : « Notre espoir c’est qu’à l’issue de ce programme, des projets francophones puisent être primés ». Lors de la dernière édition, en 2013, seuls des projets d’Afrique anglophone avaient remporté le concours.

Amadou Ndiaye (contributeur Le Monde Afrique, Dakar)

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